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Gérard Jugnot, un alchimiste au Théâtre des Nouveautés

Gérard Jugnot dans sa loge

Gérard Jugnot dans sa loge

Gérard Jugnot était cette saison à l’affiche du succès de Francis Veber, Cher Trésor au Théâtre des Nouveautés, pièce qui a triomphé pendant quatre mois et qui reprendra le 20 septembre prochain. Nous avons eu le plaisir de rencontrer l’artiste dans sa loge juste avant l’une des dernières représentations.


Cher Trésor est un vrai succès, comment l’expliquez-vous?

Je crois qu’il y a un moment où on arrive à être dans l’ère du temps. Les gens ont envie de rire. Le thème leur plaît. Veber est un grand auteur et cette pièce est vraiment bien foutue. Je me régale. Ça fait deux cents fois qu’on la joue et on commence à sentir que ça tient le coup. Et puis il y a ma pomme…dans une comédie, avec une distribution formidable, des acteurs qui s’amusent, qui ramassent des effets. Je suis heureux de partager ça. On y retrouve aussi la grande force de Francis : il arrive avec ce Pignon (ils sont très différents les uns des autres) à créer de l’empathie. Je sens que les gens me suivent dans cette pièce, ils suivent mes aventures et se projettent. Cette salle est formidable parce qu’elle est assez petite et les gens sont très près, il y a une proximité. J’ai presque l’impression de repartir au café-théâtre.

Pensez-vous que votre personnage évolue au fil des représentations ?

C’est un bien grand mot, mais c’est un peu comme quand vous mangez du crabe : vous grattez pour trouver encore un petit morceau au fond de la patte. De temps en temps vous trouvez un effet, puis vous en perdez un et vous en gagnez un autre. C’est étrange…

Vous avez beaucoup joué le rôle du mec banal, du Français moyen. Vous n’avez jamais eu le désir de plus d’héroïsme dans le sens épique ?

Si mais…d’abord quand je l’ai fait, ça n’a pas marché. J’ai fait des choses assez différentes, avec différents succès, mais c’est vrai que les gros succès étaient plus des films où je jouais des personnages normaux.

Ça vous a pesé ? Vous auriez eu envie d’autre chose?

Non. Est-ce que vous croyez que ça pèse à Alain Delon de jouer des beaux mecs ? C’est son emploi. Un mec qui est pianiste ne va pas jouer du violoncelle ! Botero ne peignait que des grosses personnes. Moi j’ai peint des gens normaux.

Quelles étaient vos envies à l’époque du Spendid ? De vous marrer ?

Moi, mon grand plaisir dans la vie c’est de faire marrer les gens, plus que de me marrer. D’ailleurs je me marre assez peu.

Mais vous riiez entre vous ?

On riait un peu, mais vous voyez, par exemple dans cette pièce, dès qu’il y a un petit dérapage de fou rire, les gens aiment ça mais ça fout en l’air le spectacle ! On n’a pas le droit de rire nous, on a le droit de jubiler. Vous savez, la grande différence entre rire et faire rire… Les gens confondent beaucoup. Combien de fois on m’a dit « Oh, vous avez dû vous marrer ! » ? Oui, on s’est marrés mais dans Les Bronzés font du ski, j’ai surtout le souvenir d’avoir tourné huit heures le cul dans la neige avec les projecteurs qui la reflétaient. Enfin, c’était l’enfer ! Bien souvent je me suis pris des coups de fer à repasser, je suis tombé… Maintenant je soigne mon arthrose, bon… Rire ou faire rire, manger ou faire à manger, c’est pas pareil !

Vous n’êtes pas un type drôle dans votre vie personnelle ? Il paraît que de Funès était un type très austère…

Non, je ne pense pas être austère mais c’est vrai que je ne suis pas un mec qui se marre sans arrêt. Buster Keaton disait une chose : « Vous savez, dans mes films j’ai tout le temps des emmerdes, j’ai pas le temps de rire ». Et c’est sûr que la comédie, c’est quoi ? La comédie, bien souvent, c’est un type qui a des emmerdes sur l’écran, et vous, vous riez parce que vous êtes tellement content que ce ne soit pas à vous que ça arrive, mais ça pourrait vous arriver. C’est une espèce d’exorcisme avec des emmerdes. Le rire, c’est une sorte de médicament, une vitamine contre la tristesse, la peur, la mort, la maladie.

Vous avez encore le trac?

Non. Je peux avoir le trac si jamais il y a un truc qui se passe mal. Par exemple, l’autre fois, la bande son n’est pas partie. Et d’un seul coup, c’est pas le trac, c’est la peur ! On se dit « qu’est-ce qu’on va faire si les sonnettes et les téléphones ne marchent pas, si les voix off ne parlent pas…on baisse le rideau quoi ! ». Ou la peur d’un trou de mémoire, que quelqu’un en fasse un. On se vide à ce moment-là.

Qu’est-ce qui vous exalte dans le théâtre ?

C’est vrai que ça n’a pas de commune mesure avec le cinéma. D’abord ça ne vous prend qu’une heure et demie de votre journée, vous pouvez faire un peu de cinéma, travailler ou écrire, et puis surtout chaque soir je prends ma piqure d’applaudissements, de rires. Vous n’avez pas à vous voir sur un écran et vous dire « Oh mon Dieu, j’ai pris, je suis vieux, je suis maigre, je suis gros ! ». Là, ce sont les gens qui vous renvoient une image de plaisir, de sourires, les enfants, les femmes, les belles, les moches, les gros, les vieux, des hommes, des grands-pères, des petits jeunes, c’est formidable ! Et puis il y a un truc physique que j’aime dans le théâtre.

Qu’il n’y a pas au cinéma ?

Qu’il n’y a pas au cinéma. Le cinéma, c’est fatigant. Quand vous êtes metteur en scène c’est passionnant, vous êtes comme directeur d’une PME. Ce qui est stressant, c’est la sortie. Quand ça ne marche pas, c’est l’horreur. Au théâtre, ce qui est terrible, c’est de jouer devant une salle clairsemée. Vous savez, nous on vient du café-théâtre et quand il n’y avait plus personne dans la salle, on fermait. On faisait autre chose.

Va-t-on vous voir plus souvent au théâtre ?

J’y viens tous les quatre, cinq, six ans, mais j’y reste longtemps ! Normalement, on reprend en septembre, et dans quatre mois on repart en tournée. Peut-être qu’on reprendra après dans un grand théâtre parisien encore quatre mois. Espèce menacée, je l’ai jouée 460 fois ! J’ai beaucoup de plaisir à ça. J’adore jouer longtemps.

Et qu’auriez-vous fait si vous n’aviez pas réussi dans cet univers ? Quel autre métier aurait pu vous plaire ?

Je n’avais pas beaucoup de cordes à mon arc étant jeune. Mes parents me disaient : « Il faudrait que tu fasses des études dans un autre domaine pour avoir une porte de sortie ». Mais mon prof de comédie avait un autre discours : « Méfiez-vous, si vous avez une porte de sortie, au premier échec vous allez prendre cette porte. » J’ai passé ma vie à barricader les portes de sortie.

Est-ce que c’est plus dur d’émerger aujourd’hui qu’à l’époque ?

C’est plus dur de construire et de rester. On est dans une société où rien ne reste. Les gens sont des stars et le lendemain, c’est fini. Le théâtre permet cette lenteur, de construire dans le temps, on s’installe. Ce qui me fait plaisir, c’est que les films qu’on a fait il y a trente ans restent. Je suis encore là. Ça dure. On est déboulonnables, mais un peu moins que nombre de mecs qui arrivent, on ne parle que d’eux et puis ils disparaissent.

Vous qui êtes installés dans le métier, vous avez l’impression d’avoir plus de liberté dans vos choix artistiques ?

Ma liberté, c’est ambigu… J’ai à la fois la liberté de pouvoir choisir mais je n’ai pas la liberté de l’échec. Si je me prends une gamelle ça se sait, ça se voit, et du coup on dit « Lui, il est mort ! ».

Le métier de comédien a cette particularité de pouvoir être exercé jusqu’à la fin de sa vie. Comment l’expliquez-vous ?

Quand on est sur scène, on est jeune ! Les projecteurs, la scène, tout ça, ça arrange. On est jeune et grand. Je me souviens de Trenet à ses quatre-vingts ans, qui arrivait en traînant un peu la patte et commençait à chanter. Il se regonflait de vie. C’est vrai qu’on donne beaucoup aux gens mais les gens nous donnent beaucoup plus. On est là grâce à eux. Ils nous renvoient une image formidable. Et quand on vous dit « Bravo, merci pour tout ce que vous avez fait ! », on a l’impression d’être un peu utile. On prend de la merde – parce que les comédies ne sont que des sujets de merde : des gens malheureux, odieux, Le Père Noël c’est toute la misère du monde ! – et on la transforme en plaisir. On est des alchimistes.

LA MINUTE 3×3 : trois questions pour des réponses en trois mots!

Donnez-vous envie d’aller voir Cher Trésor en trois mots.

Jubilation. Rires. Empathie.

Vous en trois mots.

Je vais vous citer une phrase que Maurice Druon m’a dite : « Vous n’avez aucune raison d’être inquiet, mais c’est votre inquiétude qui fait ce que vous êtes. »

Les trois choses que vous emmenez sur une île déserte.

Une excellente bouteille de vin.

Mes chéris, les gens que j’aime.

Un masque et un tuba pour regarder les poissons…et peut-être pour en manger aussi.

 

Nos 5 bonnes raisons d’aller voir Cher Trésor, c’est ici !

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Cher Trésor

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Un commentaire Post a comment
  1. Pierre #

    Brillant !

    Une troupe exceptionnelle !

    J’ai vraiment beaucoup aimé le principe du « faux contrôle fiscal » ! 🙂

    juillet 19, 2013

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