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Inventaires : destins de femmes

Judith Magre, Edith Scob et Florence Giorgetti dans "Inventaires"
Robert Cantarella reprend la mise en scène de la pièce Inventaires au Théâtre de Poche Montparnasse, vingt-six ans après sa création, avec les comédiennes d’origine : Judith Magre, Edith Scob et Florence Giorgetti. Trois femmes prennent le devant de la scène pour nous raconter avec verve et honnêteté les chemins et traverses de leurs existences.

 Angèle, Jacqueline et Barbara

Une représentation d’Inventaires a été l’occasion pour nous de découvrir le Théâtre de Poche Montparnasse, dissimulé dans une ruelle perpendiculaire au boulevard du Montparnasse, mais bien moins petit que son nom le laissait entendre. L’entrée nous offre une vue d’ensemble sur un grand bar en bois brut. L’ambiance est chaleureuse : spectateurs et comédiens attendent le début des spectacles, confortablement installés autour d’un verre. Il est déjà temps de gagner nos places. L’ouvreuse, souriante, arbore un look de titi parisien. Nous nous mettons au premier rang, les yeux écarquillés et l’oreille attentive.  Le contexte : nous assistons à Inventaires, un jeu, télévisé ou non, qu’importe. Le présentateur nous en rappelle les règles : raconter le plus de choses en un minimum de temps. Trois femmes s’avancent, chacune avec un objet qui lui est cher. Au son d’un signal plutôt agressif, Angèle, Jacqueline et Barbara se relaient dans un abondant désordre de mots et de phrases pressées. Nous avons un peu plus d’une heure pour faire connaissance.

Sous l’humour, l’émotion affleure

« Bonsoir je suis très contente d’être là ma vie c’est tellement un désert qu’est-ce que c’est lourd cette cochonnerie ! j’aurais pu apporter une gourmette ou un vase mais j’ai choisi le lampadaire c’est le témoin numéro un […] « . C’est ainsi que se présente Barbara, armée de son long lampadaire à la lumière rose-orangé. Jacqueline a apporté une cuvette, Angèle est habillée de sa robe fétiche. Ces objets représentent des moments forts de leurs vies et servent de sources intarissables à leur discours : la jeunesse, les amours, la maladie, le travail, les enfants, les petites gloires et les échecs, tout y passe selon le fil de leurs pensées. Des babillages de vieilles femmes qui revisitent avec le recul de l’expérience, et surtout beaucoup d’humour, des événements anodins et parfois graves. Le propos déstructuré conjugué aux souvenirs dilués crée un joyeux mélange de sentiments. On rit de choses tragiques, on s’attriste de détails insignifiants. Une question s’impose à nous : après tout, peut-on vraiment hiérarchiser les émotions?

Trois comédiennes splendides pour sertir un texte brillant

A travers ces vécus entrecroisés se tapit une réalité qui dépasse la simple expérience individuelle. Barbara, Jacqueline et Angèle nous parlent d’elles-mêmes, mais à plus forte raison de toutes les femmes. Les anecdotes s’alignent avec confusion sur le fil culturel et historique de la France par évocations fulgurantes : la mode sous Brigitte Bardot, une collection de Canard enchaîné brûlée pendant la guerre, Tino Rossi à la radio, la SNCF, la RATP, les PTT… Autant de références aux époques traversées, subtilement glissées dans le texte. Les trois comédiennes se font échos. Florence Giorgetti élève la robe « 1954 » d’Angèle au rang d’objet poétique ; Edith Scob insuffle de l’émotion à la simple cuvette de Jacqueline ; Judith Magre s’adresse avec farce et malice à un lampadaire inerte. Dans la bouche de ces magiciennes du langage, la parole supplante le décor et démontre son incroyable potentiel d’évocation.

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