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Mathilde Seigner et François Berléand, interview sur Nina

Nina

Quel bel endroit  pour une rencontre… Et puis le soleil, ce jour-là, donne un air de vacances à la jolie  terrasse du Café Guitry, plantée majestueusement devant la façade du Théâtre Edouard  VII. Nous y retrouvons, autour d’un café, Mathilde Seigner et François Berléand  qui arrivent, en voisins, de la table d’à côté… celle de Bernard Murat,  propriétaire des lieux et metteur en scène de Nina. A neuf jours précisément  de la « première », chaque instant de la journée (et de la nuit ?) semble être dédié à Nina. Intellectuellement, psychologiquement, et peut-être aussi physiquement. Le doute, l’anxiété, voilà ce qui émane de ces deux magnifiques acteurs, dont on pourrait penser que l’expérience prend l’ascendant sur tout cela. Eh bien non, c’est bien là la magie du théâtre ! Ils sont chaleureux tous les deux, avec une complicité naturelle que l’on imagine sublimée sur  scène. On aimerait les suivre, là, tout de suite, en répétition. Ne pas avoir à attendre encore une  semaine pour ressentir ce qu’ils nous ont raconté et  pour nous laisser emporter par leur talent…  tout simplement.

Vendredi 6  septembre, ne cherchez à joindre personne chez Ticketac.com, nous serons tous à la « première » de Nina. Il y a des priorités.

 

Alors dites-nous, qui est le plus stressé de vous deux ?

Mathilde : Je crois qu’on est pareil, non ?

François : Moi je suis très stressé. De toute façon j’ai toujours été stressé. On est dans la période difficile. Ca va durer encore trois semaines. Jusqu’à maintenant on ne travaillait que par bribes. On a commencé hier le filage de la pièce. Il faut l’amener du début jusqu’à sa fin. C’est toujours un peu délicat, difficile. C’est comme si on devait traverser l’Atlantique à la nage…

Mathilde : Sans bouée.

François : A la sortie des premiers filages, tout le monde est catastrophé parce qu’on commence à tout oublier, on essaie de trouver son propre rythme, sa propre façon de jouer aussi.

 

C’est étonnant ce que vous nous dites avec votre expérience du théâtre ? On vous penserait aguerri.

François : A chaque fois, c’est une nouvelle histoire, une nouvelle aventure, de nouveaux partenaires…

Mathilde : C’est vrai que c’est plus étonnant de ta part parce que tu en fais beaucoup. Moi j’ai pas l’habitude, mais toi tu en fais chaque année.

François : Oui, mais malgré ça, j’ai toujours peur.

 

Ce n’est pas l’image que vous donnez, François. Vous dégagez de l’aplomb.

François : Ah non, non, je ne suis que dans le doute.

Mathilde : Ce que je ressens de François, c’est qu’il est ultra fragile, et sensible.

 

Mathilde, étant moins rompue à l’exercice du théâtre, vous connaissez aussi ce doute?

Mathilde : Le théâtre me montre que j’ai plus de timidité que je ne pensais.

 

Le théâtre serait une sorte de révélateur, donc ?

Mathilde : Bien sûr, c’est une introspection de soi. Au cinéma je n’ai aucun trac, aucune gêne, qu’on soit bon ou mauvais, que le film soit bien ou pas bien, qu’on soit valorisé ou pas, je n’ai jamais le trac au cinéma. La caméra ne me fait pas peur, elle peut être à côté de moi, derrière, d’ailleurs je ne sais même pas où elle est. Elle ne me gêne pas du tout.

Nina - Mathilde Seigner et François Berléand

Ce côté « sans filet » du théâtre à une dimension excitante, non ?

Mathilde : Ce sera excitant si j’y arrive. Ce sera excitant quand on aura maîtrisé.

 

Ca veut dire quoi « si j’y arrive » ?

François : C’est le public, l’indicateur. On voit bien si dès les premières, la magie se fait, si elle reste ou pas. Pour l’instant, c’est un Everest qu’on a devant nous, c’est pour ça qu’on dit « si j’y arrive ».

Mathilde : Et puis si on y arrive pour soi-même aussi. Le public est étrangement plus indulgent que nous même ou que le metteur en scène. On appréhende encore certaines scènes. C’est encore fragile. La planche bouge beaucoup.

 

Le synopsis de Nina est très laconique, c’est volontaire ? On sait qu’il y a un mari, une femme et un amant, et après ?

François : Ce trio est le moteur de la plupart des comédies de boulevard, de Feydeau, de Guitry. La question est de savoir comment va jouer la grammaire de Roussin avec cela. C’est là où c’est formidable parce qu’en fin de compte, très souvent dans le théâtre français, ce sont toujours les hommes qui sont brillants, puis la femme qui l’est un peu moins. Là c’est totalement inversé. C’est la femme qui est brillante, c’est la femme qui est forte. Psychologiquement elle est plus forte que tous les hommes réunis. Nina est la femme à laquelle toutes les autres devraient s’identifier. C’est la force même, l’égoïsme à l’état pur. Tout passe par elle. Elle est au-dessus de tous les hommes qu’elle croise. Ce rôle, Roussin l’avait écrit pour Elvire Popesco, une espèce de monstre sacré du théâtre. Une femme d’une force colossale devant laquelle on ne pouvait que se taire. Roussin a poussé le bouchon très loin jusqu’à faire de tous ses personnages des fous.

Mathilde : Le tien surtout.

François : Mais le tien aussi.

Mathilde : Oui, mais toi tu es tout le temps fou ; elle, elle a de la raison. Elle fait des pauses et des discours très autocentrés, très « je sais tout ». Adolphe est tout le temps barjo.

 

Nina parvient-elle à être attachante malgré ce caractère de femme forte ?

François : Nina, elle est craquante, la pièce est justement écrite comme ça…

Mathilde : Oui, elle est atta-chiante.

François : Elle a une scène assez extraordinaire où elle dit des choses sur l’amour de vraiment très fort. Les femmes vont être assez séduites par son discours. Ce que dit Roussin sur l’amour, c’est magnifique.

 

Mathilde, pourquoi être revenue au théâtre ? Est-ce le personnage qui vous a séduit ? Ou plutôt l’envie de travailler avec François ? Le Théâtre Edouard VII peut-être ?

Mathilde : Un peu de tout.

François : La place de parking.

Mathilde : Ca faisait longtemps qu’on cherchait une pièce avec Bernard Murat pour travailler ensemble. Et puis il y a François aussi, avec qui on avait goûté deux petits moments dans Max ; et François Vincentelli que je ne connaissais pas et que j’aime beaucoup. Et puis il fallait refaire du théâtre maintenant.

 

NinaVous allez revenir plus souvent sur scène par la suite ?

Mathilde : Non. J’ai attendu 14 ans avant de revenir sur les planches, mais la prochaine fois ce sera dans plus longtemps…

 

Vous vivez le théâtre avec appréhension ?

Mathilde : C’est une vie avec ses contraintes qui me convient moins bien que le cinéma.

 

François, ça vous dérange cette contrainte de jouer tous les soirs, le week-end… ?

François : En ce qui me concerne, c’est dans ma culture. J’ai toujours fais du théâtre. A une époque, je l’ai délaissé.  J’étais beaucoup pris par le cinéma.  Mais plus j’avais de succès, plus j’étais déprimé, je ne savais pas vraiment pourquoi. Et puis un jour on m’a fait comprendre que c’était parce que je ne faisais plus de théâtre.

 

Et qu’est ce que le théâtre vous apporte de plus que le cinéma ?

François : C’est le public. Et puis j’ai eu la chance ces dernières années de n’être que dans des succès.

 

Mathilde, vous aussi vous plaisez au public.

Mathilde : Oh non, je déplais. Mais ça me plait de déplaire, c’est encore un autre débat.

 

Est-ce qu’il faut nécessairement s’apprécier entre comédiens pour jouer ensemble ?

Mathilde : Quand on est au théâtre, on ne fait pas semblant. On s’entend bien.

François : Et puis il y a une cooptation au départ. Quand Bernard Murat m’a proposé Nina avec Mathilde, j’ai trouvé l’idée formidable. Même si on ne se connaissait pas beaucoup, Mathilde est quelqu’un que j’aime bien dans la vie.

Mathilde : Et François Vincentelli, c’est un bon mec, un bon camarade. C’est un type vraiment très sympathique. En coulisses on se soutient, on ne se juge pas.

 

Quels seraient vos arguments pour donner envie aux gens de venir vous voir sur scène ?

Mathilde : Dans une période difficile, triste, c’est quand même un joli moment de distraction. Une bulle de savon. C’est agréable de venir voir une pièce comme Nina, qui a du fond mais qui n’est pas dure. Ce n’est pas une pièce violente mais intelligente… C’est banal ce que je dis, pourtant c’est vrai. C’est une jolie distraction intelligente.

François : Il faut ajouter que le style de Roussin est très rare. Avec de très jolies tournures. Assez dur à apprendre…

Mathilde : Assez dur à jouer aussi.

François : Oui, mais une fois que tout cela est maîtrisé, il y a une magie des mots qui est magnifique, il y a une jouissance de l’acteur, qu’on a peut-être pas encore tout à fait trouvé, mais qui est vraiment là. La jouissance des mots. C’est un texte magistral.

 

Vous allez répéter là ?

François : On fait deux filages aujourd’hui. Ca veut dire qu’on joue toute la pièce sans s’arrêter, dans les conditions de représentation. Si on a un trou, soit on nous souffle, soit on improvise. C’est…

Mathilde : Coton !

 

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Nina affiche

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3 Comments Post a comment
  1. Pierre #

    Une très bonne interview, bravo !

    août 29, 2013
  2. REDONNET #

    Pièce qui semble amusante pour ceux qui peuvent entendre tous les échanges ou monologues, hélas si vous vous retrouvez en fond de balcon sur un bord à part d’avoir de très bonnes oreilles vous devrez vous contenter des passages ou çà parle fort, c’est dommage à notre époque il y a des moyens pour rendre audible une pièce du début à la fin.
    Par exemple hier nous avons vus et bien entendu toute la pièce dix ans de mariage, mais aujourd’hui non donc je recommande de prendre des places dans les premiers rangs ou de s’abstenir

    novembre 20, 2013
  3. Myriam Fleuret
    Myriam Fleuret #

    Il est effectivement dommage que vous n’ayez pas pu profiter du beau texte d’André Roussin. Le Théâtre Edouard VII reste cependant une des plus belles salles de Paris qui redonne tout son sens à l’expression « aller au théâtre ».
    Nous serions heureux de connaître votre avis sur la pièce « 10 ans de mariage » que l’équipe n’a pas encore vue mais qui figure sur l’agenda de nos prochaines sorties.

    novembre 20, 2013

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