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Caroline Vigneaux, l’interview

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Le 12 septembre prochain, Caroline Vigneaux, ancienne avocate devenue humoriste, fait sa rentrée à la Comédie de Paris. Elle reprend son spectacle Caroline Vigneaux quitte la robe, un récit très personnel d’une reconversion réussie mais mouvementée. Son signe distinctif : elle va loin, très loin, surtout où on ne l’attend pas ! Nous l’avions rencontrée dans sa loge peu de temps avant son départ en vacances. Il est temps aujourd’hui de vous faire partager cette belle rencontre avec une fille qui a tout pour elle et dont nous aurions bien fait notre nouvelle meilleure copine.

 

Lors d’un passage sur le plateau de LCI, vous avez terminé votre intervention en disant que vous faisiez du « sketch-up ». Pourriez-vous nous expliquer ce concept ?

C’est une expression que j’ai déjà entendue chez plusieurs personnes et je crois d’ailleurs que c’est le titre du spectacle de Shirley Souagnon. Je me le suis approprié parce que mon spectacle est un mélange de sketchs et de stand-up.  Déjà, en tant qu’humoriste, je n’ai pas la capacité de faire du stand-up pur parce que j’ai des trucs à raconter. Ensuite, en tant que spectatrice, même si  j’adore parce que c’est super efficace et que ça cartonne, sur un spectacle de 1h30, je décroche. Pour ce qui est du sketch à l’ancienne, époque Palmade, j’adorais, mais vous passiez toujours  la première minute à comprendre la situation, un passage long qui honnêtement ne m’intéresse plus. Le jeu avec le public permet beaucoup de choses dont des imprévus. Hier soir par exemple, alors que je prenais le téléphone d’un mec dans la salle pour un de mes sketchs, je vois qu’il y a un scratch collé à l’arrière. Je lui demande pourquoi et il me fait : « C’est pour le scratcher dans la voiture. », évidemment je suis partie sur des conneries : le scratch qui reste coincé… Je pars en live et c’est vraiment des moments que j’adore. Je regrette les soirs où il ne se passe rien dans la salle.

 

Ça vous est déjà arrivé que l’un de vos anciens collègues avocat se trouve dans la salle ?

Je vais vous raconter une anecdote. Un soir, un téléphone a sonné dans le public, je me suis tournée vers un spectateur et lui ai demandé si c’était le sien. Il me répond « oui ». Et là, je m’approche, je devine son visage – il ne faut pas oublier que je ne vois rien de la salle quand je suis sur scène – et je lui dis : « Vous n’êtes pas avocat, vous ? ». Et il me dit : « Si». Je continue : « Vous ne seriez pas mon patron par hasard. » Il me répond : « Si ». Et là j’ai eu une descente assez brutale. J’ai mis un temps fou à me remettre dans le spectacle. Mais le pire que j’ai vécu dans ce genre là, ça été dans mes débuts alors que je jouais dans un tout petit théâtre de 40 places. J’attendais avec les spectateurs devant la salle que le spectacle précédent se termine. Les gens venaient me parler, et tout à coup j’entends derrière moi : « Maître Vigneaux… ». Et je me retrouve sur le trottoir face à un avocat général, c’est-à-dire un procureur aux assises, contre qui  j’avais plaidé quelques mois auparavant, alors qu’on s’était écharpés sur une histoire de meurtre. Je venais juste de quitter le barreau. Mon spectacle à l’époque s’intitulait « Il était une fée ».  J’avais beaucoup d’accessoires sur scène. Mais quand je me suis retrouvée en fée avec la perruque, la baguette, la robe de princesse, face à l’avocat général dans cette petite salle, à faire la quête au chapeau à la fin… Là je me suis dit qu’il n’y avait plus de retour possible. Vous imaginez après aux assises : « Alors maître, pas de baguette magique aujourd’hui ? ».

 

Vous pouvez nous en dire un peu plus sur votre reconversion ?

J’ai arrêté d’être avocate en 2008 et j’ai vraiment commencé le one-man en 2009. Je n’ai pas arrêté une fois que j’avais quelque chose. Je me suis dit : « J’arrête et maintenant je veux faire ça ». Et là, c’est le saut dans le vide. Le matin je n’avais plus besoin d’aller au bureau, je marchais dans la rue, je pouvais faire des trucs, et puis il fallait que je prépare un spectacle, que je trouve un théâtre, que je m’occupe de la prod…

 

Ça devait être euphorisant !

C’était génial, oui !

 

Mais le changement de niveau de vie a dû être violent…

C’est divisé par dix. Mais ça n’a pas été trop difficile parce que je m’y attendais. Parfois dans la vie, on doit faire des choix. Ma première expérience sur scène s’est faite lors du Festival Juste pour rire qui était à Nantes à l’époque. Avec deux autres avocats, on avait préparé un texte de commande très grandiloquent.  J’y ai vécu des trucs incroyables même si on s’est pris un four. Et quand je suis retournée au bureau le lundi matin, je n’arrivais plus à me concentrer. Quelqu’un m’a lancé par bravade : « Vas-y,démissionne ! ». Je me dis toujours que ce n’est pas cette phrase là qui a déclenché ma décision, mais malgré tout elle a résonné. Il m’a fallu trois ou quatre jours pour écrire ma lettre de démission et trois semaines pour aller la remettre, trois semaines  d’enfer. J’étais dans ma septième année de barreau, le moment où il faut donner un coup de collier pour passer associé. Ce  n’était pas compatible avec l’écriture, je n’avais pas le temps. Je savais que mon choix allait avoir des conséquences importantes sur ma vie. J’ai pris la décision quand j’ai réalisé que ce qui me retenait le plus, c’était l’argent. Et je me suis dit que j’étais trop jeune pour m’enfermer là-dedans.

 

Caroline Vigneaux dans sa logePourriez-vous redevenir avocate si la nécessité se faisait sentir ?

Non. Je pense que c’est aussi une question d’orgueil et d’ego. J’ai des copains qui sont largement établis et si je voulais revenir, j’en trouverais sans problème qui me prendraient en tant que collaboratrice, mais le droit est une matière tellement vivante et ne pas en faire pendant cinq ans… Ce n’est pas impossible, mais il faudrait que je me remette à jour, je n’aurais plus le niveau.

 

Qu’est-ce qu’il y a de gratifiant dans le métier d’avocat que vous ne trouvez pas dans le métier d’humoriste?

Ce qu’il y a de gratifiant dans le métier d’avocat, c’est déjà le côté intellectuel. L’analyse des dossiers, le fait de se battre pour gagner, trouver des arguments…  J’ai toujours vu ça un peu comme un jeu d’échecs. Mais aussi les gens que je rencontrais, la vie de cabinet… Pour ce qu’il y a de moins gratifiant, je dirais l’absence totale de vie privée.  C’est en arrêtant que j’ai découvert qu’il y avait des gens qui allaient au café, qu’il y avait une vie ailleurs. Aujourd’hui ça me paraît fou.

 

A contrario, dans votre vie de comédienne, c’est quoi le plus dur ?

C’est ça  [elle nous montre la loge d’un geste]. Tous les soirs je viens, je me maquille toute seule, je me prépare, je mets un peu de musique… Ce qui est terrible dans le one, c’est la solitude.  Une foule de spectateurs vous applaudit quand vous êtes sur scène et dans la minute qui suit, vous vous retrouvez seul ici.

 

Et la partie gratifiante ?

C’est l’adrénaline. Le fait de partager un truc incroyable sur scène avec les gens. Ils rient avec vous pendant 1h20. C’est comme une drogue. Ce que je préfère, c’est quand il se passe un truc dans la salle et qu’on rigole ensemble. C’est comme si le public n’était qu’une personne et qu’on partageait un lien d’amitié, c’est comme si on se connaissait depuis toujours.

 

Vous pourriez imaginer une carrière à la Foresti ?

Je ne l’imagine pas, je la vise. Après je ne sais pas si j’y arriverai. Dans dix ans, je serai peut-être à la retraite, qui sait ? Je ne sais pas combien de temps on peut rester humoriste. Faut-être honnête, ça tourne. On ne peut pas être toujours dans l’ère du temps.

 

Qui sont vos modèles ?

J’adore Dupontel. Je connais tous ses sketchs par cœur. Il a arrêté de faire du one alors que pour moi c’était le meilleur. Ses sketchs des années 80, on peut les écouter aujourd’hui, ils n’ont pas pris une ride. J’ai aussi beaucoup d’admiration pour Jacqueline Maillant. On me dira que mes références sont super old school. Jacqueline Maillant, Maria Pacôme…ces sont des meufs qui m’ont vraiment fait hurler de rire. J’adore Anne Roumanoff aussi. C’est la seule qui m’a un peu aidée dans le métier. C’est une femme formidable.

Caroline Vigneaux dans sa loge

Caroline Vigneaux dans sa loge en pleine préparation juste avant son spectacle.

 

Vous seriez attirée par le cinéma ?

J’en rêverais. Pour avoir un peu touché à la caméra récemment dans deux séries, j’ai trouvé ça vraiment sympa de créer un personnage, de jouer, de voir le résultat et puis d’avoir des gens qui vous guident aussi.

 

On dit toujours que humour et jolie fille, ce n’est pas compatible. Est-ce que votre physique de belle blonde vous a desservi ?

Jean-Luc Moreau [acteur et metteur en scène] m’a dit qu’il fallait que j’arrête l’humour parce que ça ne marcherait jamais : « Vous êtes beaucoup trop jolie pour faire de l’humour. Laissez tomber. » . Ça m’a fait assez mal quand même. Mais j’ai compris que le secret était d’accepter ce que l’on est. Quand vous êtes sur scène, les gens vous voient et vous représentez quelque chose pour eux, même si ça ne vous plaît pas. Il faut comprendre ce que l’on est pour mieux le détourner.

 

 

LA MINUTE 3×3 : trois questions pour des réponses en trois mots !

 

Trois humoristes favoris ?

Anne Roumanoff, Florence Foresti, François-Xavier Demaison

Trois plaisirs simples de la vie ?

Le café, le scooter dans Paris, un jambon-beurre avec cornichons

Un spectacle réussi ?

Standing, sueur, complet.

 

>>Réservez vos places pour le spectacle Caroline Vigneaux quitte la robe sur Ticketac.com.

Caroline Vigneaux - affiche

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