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Sara Giraudeau et Julien Boisselier, interview

Splendide trio que celui qui sévit actuellement au Théâtre La Bruyère dans Zelda et Scott ! Accompagnés de leur ami Ernest Hemingway (Jean-Paul Bordes), Scott Fitzgerald (Julien Boisselier) et sa femme Zelda (Sara Giraudeau) écument les soirées new-yorkaises au beau milieu des années 20. Mais à l’insouciance des jours de gloire succèdent les ravages de l’alcoolisme et de la folie. Sara Giraudeau et Julien Boisselier ont accepté de nous en dire un peu plus sur ces rôles mythiques. (Crédit photo : Julie Lacombe)

 

Zelda et Scott Fitzgerald sont des figures mythiques. Comment aborde-t-on de tels monuments de la littérature américaine?

Sara : C’était assez simple parce qu’ils n’étaient pas des mythes pour moi. Je ne connaissais pas la littérature de Scott Fitzgerald et encore moins celle de Zelda. J’ai d’abord découvert une pièce sur une passion amoureuse. Après je me suis intéressée au couple. Les personnages que Renaud Meyer [le metteur en scène] avait dessinés étaient assez forts, assez denses. J’ai fait des lectures par la suite, mais je ne pense pas qu’elles m’aient apporté grand-chose. L’essentiel était dans le texte.

Julien : C’est un peu la même chose pour moi, mais je connaissais les classiques de Fitzgerald. De toute façon, ce qui m’a fait accepter le projet, ce n’était pas le fait de parler de ces personnages, c’était vraiment la pièce. Sa construction, la dramatique… Ça aurait pu parler d’autres gens. Je trouvais le rapport entre l’homme et la femme intéressant, le trio avec Hemingway aussi… C’est avant tout les mots qui m’ont intéressé.

 

Avez-vous cherché à vous rapprocher de Zelda et de Scott à travers des lectures, des recherches sur leur vie ?

Sara : J’ai développé un certain intérêt pour Zelda, mais finalement mes lectures me ramenaient toujours à la pièce. Renaud Meyer avait déjà fait le travail. A part lire son livre à elle qui est assez étrange [Accordez-moi cette valse]. Ça m’a plus intéressée que vraiment nourrie.

 

Sara Giraudeau

Sara Giraudeau
Crédit photo : Julie Lacombe

Vous êtes-vous sentis influencés par les œuvres cinématographiques autour de l’univers de Fitzgerald dont Gatsby le Magnifique de Baz Luhrmann sorti cet été ?

Sara : Pas du tout. Je ne suis pas allée voir le film parce qu’il ne me semblait pas aller dans le style de la pièce. Tu as vu le Gatsby toi ? (Elle s’adresse à Julien.)

Julien : Je l’ai vu, oui. On jouait déjà la pièce alors. Je trouve qu’au-delà de l’adaptation très libre de Baz Luhrmann, il y a vraiment quelque chose de commun avec nous, c’est ce sentiment de liberté, de fête, d’insouciance, d’inconscience même. Et puis ça correspond à une époque aussi, c’étaient les années folles. Aujourd’hui ce serait quasi impossible de revivre ça.

 

Est-ce qu’un couple qui vivrait aujourd’hui une histoire passionnelle comme celle-là, avec un niveau économique identique, aurait ce même allant vers la fête et l’insouciance ?

Julien : Il n’y avait pas du tout le même rapport aux médias surtout. Il se passait des choses hallucinantes sans pour autant que le monde entier soit au courant le lendemain matin sur internet. Il y avait une liberté d’agir qui était différente. Maintenant on est épiés, tout le monde sait tout à la seconde près. Tout est visible. A l’époque, c’était une caste, le haut du panier de la société qui se retrouvait. Ils ne partageaient ça qu’entre eux.

Sara : Et puis les gens avaient vraiment envie de cette liberté, de cette fête. De telles attitudes pouvaient vraiment créer une admiration. Aujourd’hui, on est plus dans le jugement.

 

L’intégration d’Ernest Hemingway dans la pièce et dans le couple est vraiment très intéressante. On apprend d’ailleurs qu’il avait eu une relation avec Zelda. C’est véridique ?

Sara : Renaud Meyer nous dit que oui. Mais le personnage d’Hemingway de la pièce concentre beaucoup d’amis qui ont gravité autour du couple. Je pense qu’elle a eu des relations avec plusieurs… (rires)

Julien : Elle a eu beaucoup d’amants.

Sara : Zelda et Scott ont dû tomber dans des relations assez triangulaires, et pas qu’avec Hemingway.

 

Julien Boisselier

Julien Boisselier
Crédit photo : Julie Lacombe

Et ce rapport complexe entre Hemingway et Scott, avec cet incroyable basculement de situation… Scott donne des conseils d’écriture à Ernest en début de pièce et à la fin, c’est Ernest, au sommet, qui prend le dessus.

Julien : Ca nourrit bien la dramatique en tout cas. C’est Woody Allen qui disait : « Il ne faut jamais oublier que les gens qu’on croise en montant, on les croise aussi en descendant. » On parle de la réussite, de la flamboyance, de l’ascension de Scott à une époque où Hemingway est encore méconnu. Et ensuite la roue tourne. On se rend compte que les auteurs, les artistes dans une même branche, sont extrêmement durs entre eux. Même s’il y a admiration réciproque, il y a aussi jalousie. C’est une admiration qui donne envie de détruire l’œuvre de l’autre, de la piller. On touche au pathétique par moments. Il n’y a pas de grandeur d’âme là-dedans. Ce sont des auteurs qui s’entretuent. Mais Scott Fitzgerald a toujours eu beaucoup d’admiration pour Hemingway, il a toujours eu la sensation d’être un auteur mineur par rapport à lui. Il lui dit à un moment : « J’aimerais tellement être comme vous, maîtriser l’écriture, la vie, les femmes. » Hemingway était ancré dans la réalité contrairement à Fitzgerald.

 

Il y a quelque chose d’assez frappant dans vos rôles, l’un comme l’autre, vous devez jouer avec des particularités déterminantes, c’est-à-dire que Scott est quasiment toujours ivre et Zelda sombre peu à peu dans la folie. Comment cela se travaille-il ?

Sara : C’était difficile. C’est là où l’on comprend la nécessité du regard extérieur de Renaud Meyer. Il y avait déjà un travail sur le texte et sur une évolution de sentiments. L’alcool et la folie sont des choses très particulières dans la gestuelle, on peut très vite en faire trop. On les a intégrés après car il a d’abord fallu s’assurer que les deux personnages tenaient debout sans les névroses.

Julien : Et puis l’alcoolisme est quelque chose d’intéressant à travailler. Ça m’a finalement plus obsédé que les faits historiques. La donnée était incontournable et délicate à aborder. Qu’est-ce que c’est être alcoolique ? Comment on est quand on est alcoolique ? On réfléchit, on regarde les gens.On réfléchit au fonctionnement, comment le traduire, comment le public va le percevoir. Je me suis rendu compte assez rapidement que l’alcoolisme, ce n’est pas juste le fait d’aimer boire. Déjà, c’est commencer par boire dès le matin pour redevenir normal. Ce sont des gens qui essayent de se maintenir à flots en buvant. Par contre ça provoque chez eux des réactions exacerbées. La colère, l’enthousiasme, tout est multiplié. C’était intéressant dramatiquement. En fonction de ce que Renaud avez essayé d’échafauder dans les mots, on a poussé les curseurs plus ou moins loin afin d’avoir des réactions « hors normes ». J’ai vite arrêté de me demander comment j’allais bouger pour m’intéresser à comment j’allais réagir.

 

Zelda aurait-elle était malade si elle n’avait pas rencontré Scott ?

Sara : Je pense que sa vie aurait été très différente en tout cas.

 

Dès lors qu’on s’approche d’un personnage fort, riche, on s’y brûle les ailes…

Sara : Ces personnages sont à l’inverse de ceux que j’ai pu jouer avant. J’ai souvent interprété des jeunes filles fragiles qui ne soupçonnaient pas leur force. Là c’est l’inverse. On a des personnages forts mais qui ne soupçonnent absolument pas leurs faiblesses et qui vont se brûler les ailes à mille à l’heure.

 

Qu’est-ce qui est le plus difficile, aborder ce type de personnages ou des figures tout à fait banales ?

Julien : Ca dépend aussi de la personnalité de l’acteur.

Sara : Moi j’aime bien les challenges, ce sont des rôles avec lesquels on peut difficilement s’ennuyer. La schizophrénie m’était totalement inconnue. Dans le monologue final de Zelda, il y a en plus une dose de surréalisme. Je dirais qu’entre un personnage complexe de ce type et un personnage de caractère plus banal, ce ne sont pas les mêmes libertés. La folie de Zelda m’ouvre la possibilité d’invention. C’est agréable à long terme, il ne faut pas oublier qu’au théâtre on peut jouer 4 à 7 mois tous les soirs le même rôle.

Julien : En ce qui me concerne, je me sentirais beaucoup plus fatigué à jouer des rôles solaires et évidents. Je me sens plus proche des personnages du type de Scott, que certains que j’ai pu interpréter et qui d’extérieur pouvaient paraître plus simples, mais qui me demandaient plus de contrôle. Avec Sara, j’ai compris dès les premières lectures qu’on était de la même famille, qu’on aimait tous les deux entrer dans les émotions.

Sara Giraudeau Julien Boisselier

Crédit photo : Julie Lacombe

 

Y-a-t-il des personnages que vous aimeriez jouer ?

Sara : Non. Dernièrement j’ai eu la chance d’avoir des rôles très forts et quand on a déjà exploré un endroit, on a envie d’aller voir ailleurs. J’ai besoin de rôles qui ont de vraies particularités, qui sortent du lieu commun.

Julien : Moi, c’est plus des metteurs en scène avec qui j’aimerais travailler. J’avais un rêve qui ne se réalisera jamais, celui de travailler avec Patrice Chéreau. Je l’ai croisé une ou deux fois, j’ai vu quelques-uns de ses spectacles. Je voyais ce qu’il arrivait à faire sortir des acteurs. J’y serais allé quasiment les yeux fermés, quel que soit le rôle.

 

Vous cloisonnez le travail d’acteur au cinéma, à la télévision et au théâtre ?

Julien : Si je n’avais pas fait de télévision, je n’aurais pas fait de cinéma, tout est lié. Je ne fais pas vraiment de différence. Sauf que je prends beaucoup plus de plaisir au théâtre. On entre sur scène et pendant deux heures on joue sans s’arrêter, c’est aussi simple que ça. Au cinéma c’est très morcelé, c’est même très frustrant par moments.

Sara : Le théâtre, c’est un peu l’état adulte de l’acteur. C’est vraiment là qu’on acquiert une autonomie, une profondeur dans le jeu. Sur scène, on mène un personnage du début jusqu’à la fin, sans s’arrêter. On est le seul maître à bord une fois que la représentation a commencé.

 

Vous avez l’air très complice. C’est important pour faire un bon duo sur scène ?

Julien : C’est vrai qu’on s’entend tous très bien. On a de la chance, c’est assez simple. Je pense que pour jouer des choses aussi compliquées, il faut vraiment bien s’entendre. C’est important d’être content de se retrouver le soir.

Sara : C’est compliqué de jouer avec quelqu’un qui ne fonctionne pas de la même façon.

Julien : Cela tient aussi du talent du metteur en scène de sentir si les gens vont s’entendre.

Sara : Je ne connaissais pas Julien avant. J’avais vu quelques films dans lesquels il jouait et je trouvais que c’était un acteur dans le vrai, qui ne trafiquait pas. Je trouvais ça important.

 

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Zelda et Scott - affiche

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