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Steve Suissa, interview

Il fait peu de bruit, et pourtant…Steve Suissa a le vent en poupe! En tant que metteur en scène, un Opéra en plein air cet été (La Flûte enchantée) et trois pièces cette saison avec, Miss Carpenter, L’Affrontement et The Guitrys en collaboration avec Eric-Emmanuel Schmitt ; en tant que comédien, un rôle dans le film choc Victor Young Perez attendu sur les écrans pour la fin d’année. Conquis par les amours de Sacha Guitry et Yvonne Printemps sur les planches du Théâtre Rive Gauche, nous avons sollicité l’artiste. Son travail, son parcours et ses aspirations, Steve Suissa se raconte. ( Crédit photo : Laura Cortès)

 

The Guitrys est un véritable bijou vers lequel convergent tous les arts : la musique, la vidéo, le jeu théâtral, le texte d’Eric-Emmanuel Schmitt…

Oui, avec The Guitrys, on a vraiment le sentiment de faire quelque chose de particulier et de différent. C’est une comédie romantique avec une dimension biographique qui en fait une pièce épique. C’est très mélangé tout ça et je vois que des gens qui ne connaissaient rien du tout de Sacha Guitry ni d’ Yvonne Printemps, ressortent en ayant envie d’en savoir un peu plus. Et ceux qui les connaissaient ne sont pas déçus. Comme les comédies romantiques au cinéma, c’est tout public. C’est populaire, mais dans le bon sens du terme.

The Guitrys

Claire Keim et Martin Lamotte dans The Guitrys

Claire Keim est une belle surprise. Comment avez-vous eu l’idée de la faire jouer dans cette pièce ?

Eric-Emmanuel et moi avions tous les deux l’ idée de travailler avec elle. Mine de rien, c’est très compliqué de trouver une actrice qui sache chanter et une chanteuse qui sache jouer. On n’en a pas tant que ça. Elle pourrait mettre le deuxième morceau qu’elle chante dans un album qui sortirait aujourd’hui, ça marcherait. C’est ça qui est intéressant, de pouvoir mélanger le moderne avec le classique sans pour autant faire une bande démo, sans pour autant avoir l’impression de dire : « Regardez, je casse les conventions du théâtre, donc je fais un peu d’image, je mets de la musique comme au cinoche, je les éclaire en gros plan… ». Mais c’est fragile. On a affiché ces comédiens [Claire Keim et Martin Lamotte] comme des vedettes alors que ce sont des acteurs populaires.

Vous êtes plutôt content alors ?

Presque. Je suis chieur, un éternel insatisfait.

Votre parcours est d’une richesse incroyable alors que vous n’avez pas 45 ans…

Mais personne ne le sait ! Souvent les gens me demandent : « Mais qu’est-ce que vous avez fait ? ». Alors je leur réponds : « Une trentaine de films et une vingtaine de pièces comme acteur… J’ai fait décoller Isabelle Carré dans L’Envol, Bérénice Bejot dans Le Grand Rôle, Marion Cotillard et Titoff dans Cavalcade… ». Oui j’ai fait des choses, mais je me suis comporté longtemps comme un sauvage. Aujourd’hui,  j’ai des gens à mes côtés qui m’aident à mettre ça en avant. Je pense que c’est nécessaire. Donc oui, j’essaie de faire des choses et c’est plutôt chouette d’avoir un lieu [le Théâtre Rive Gauche] et de bien s’entendre avec un auteur [Eric-Emmanuel Schmitt] pour réaliser de beaux projets.

Vos collaborations avec Eric-Emmanuel Schmitt sont nombreuses. Vous devez avoir un vrai plaisir à travailler ensemble ?

Oui, j’adore. Je suis quelqu’un d’assez fidèle. Si ça se passe bien, je n’ai aucune raison de changer de crèmerie. Ça ne m’intéresse pas. Je n’ai pas de curiosité mal placée. C’est un accord, un ping-pong. C’est comme dans un couple ou dans une amitié. Plus on se fait confiance et plus on va loin. Je trouve que ça nous permet de cultiver le fond et la forme.  Aujourd’hui, le gros problème quand on veut monter un projet, c’est qu’une pièce sans vedette ne marche pas, même si le spectacle est génial et que le texte est formidable.

Et si le metteur en scène est une star ?

Non. On ne connaît pas les noms des metteurs en scène en France. On va voir la pièce « avec » et jamais « mise en scène par », sauf dans le théâtre subventionné peut-être.  Mon gros fantasme serait d’arriver à ce qu’un jour la vedette soit l’histoire. C’est ce que font les Anglais. Quand vous allez voir Billy Elliot en Angleterre, ce ne sont pas des comédiens connus sur scène, et au bout d’une heure et demie, qui que vous soyez, vous riez et vous pleurez. C’est génial de prendre des  acteurs qui ont besoin, qui ont envie. Si vous prenez des vedettes qui ne sont pas des théâtreux dans l’âme, au bout de 50 ou 80 représentations, ils veulent arrêter. Ça ne les intéresse plus, le challenge est fait.

Il faut dire que le théâtre est un exercice compliqué.

Très. On n’est pas que des artistes mais aussi des artisans. En tout cas je me sens plus artisan qu’artiste.

Comment peut-on jouer tous les soirs pendant des mois non-stop ? Beaucoup de comédiens nous ont dit que c’était le public qui les portait…

C’est l’autre en tout cas. Comme dans le rapport amoureux ou le rapport sexuel, sans aucune perversité ou ambiguïté. C’est le fait de ne pas tricher surtout. Quand l’acteur travaille profondément son rôle pendant les répétitions, qu’il ne fabrique pas et qu’il ressent, tous les soirs ce sera différent. S’il fabrique le phrasé, s’il fabrique le personnage, au bout d’un moment ce sera juste une représentation de plus et ça va le faire chier. C’est la différence pour moi entre les grands comédiens qui ne trichent pas et les acteurs qui mettent en place un texte comme une forteresse, et qui font ça tous les soirs avec beaucoup de justesse mais sans vie. Ils jouent simplement la partition.

L'affrontement

Davy Sardou et Francis Huster dans L’Affrontement

Aujourd’hui, avec vos multiples succès, Anne Franck, L’Affrontement, Miss Carpenter, The Guitrys…vous sentez-vous plus serein ?

Un peu plus serein depuis peu parce que je me rends compte que ça se passe bien et que je pourrais être content de moi. Mais je serais mon pire ennemi dans ce cas là. Il y a une telle exigence… Je suis là pratiquement tous les soirs, je resserre les boulons, je note des détails…

Vous êtes dur avec vos comédiens ?

Mais je suis dur avec moi-même ! J’estime que l’on n’a pas le droit de décevoir quelqu’un qui paie 30 ou 40 € sa place. Et puis la concurrence fait que vous ne pouvez pas tricher. Et même par rapport à soi, ce n’est pas intéressant de faire le travail à moitié ou d’être « metteur en place ». C’est un travail d’artisan. Tous les matins il faut ouvrir le rideau, et du théâtre et de son ventre. Il faut aller chercher les choses. C’est un travail épuisant. Mais c’est génial de se mettre au fond de la salle et de voir qu’il y a une mosaïque qui fonctionne et que les maillons rentrent les uns dans les autres, que tout d’un coup, tout est cohérent, tout est fluide, comme si ça avait été joué des milliards de fois.

Vous ne semblez pas avoir beaucoup de vie personnelle à côté de tous vos projets ? Vous avez le temps de dormir ?

Non, je dors vite. Je dors 3 ou 4 heures. Ça m’ennuie. Quand la vie me teste sur des périodes plus difficiles, j’essaie de bien les prendre et de me dire que c’est utile, que ça va me donner encore plus de joie et d’énergie quand le travail reviendra. Ce sont de beaux challenges parce qu’on « monte » la vie comme on la voit et pas forcément comme elle est. On est dans une bulle assez incroyable. C’est le meilleur métier du monde. Quand on est sur scène, on peut se permettre de faire des choses qu’on n’oserait pas dans la vie. C’est-à-dire y aller vraiment, sans avoir peur de rien. On se retrouve à parler devant des gens ordinaires qui ont envie d’avoir une vie extraordinaire, c’est-à-dire tous les spectateurs qui se trouvent dans la salle. On voit des gens collés les uns aux autres sur des sièges, qui sont ensemble ou qui ne se connaissent pas, avoir des émotions très intimes, un fou rire ou des larmes…

Est-ce que vous lisez les pièces de jeunes auteurs ?

Bien sûr. Je lis tout.

Vous n’avez pas le snobisme du metteur en scène arrivé qui ne voudrait travailler qu’avec des auteurs confirmés ?

De là ou je viens, si j’avais un snobisme quelconque ce serait vraiment déplacé. Je suis fils de bouchers. Mes parents ne savent pas lire ni écrire. Je suis un total autodidacte. Je ne suis pas allé à l’école, j’ai été déchargeur de camions pendant 5 ans à Rungis. Grâce à une audition un peu sulfureuse au Cours Florent, j’y suis entré et j’ai eu Francis Huster comme prof.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de rentrer au Cours Florent ? 

Je regardais des films. Je me posais des questions en tant qu’ado et j’avais l’impression que la seule chose qui pouvait m’apporter des réponses, c’étaient les dialogues des films. Un jour on m’a dit : «  Va chez Florent, passe un examen,  ça s’appelle la Classe libre, si tu es pris tu ne paieras pas les cours ». Çà s’est fait comme ça. J’avais 16 ans. J’ai produit des courts métrages de gens qui n’avaient rien fait avant, notamment On s’embrasse ? de Pierre-Olivier Mornas qui a eu la palme d’or à Cannes en 2001. Quand j’aurai moins d’énergie, que je serai un peu plus vieux et que je n’aurai pas d’inspiration, je me suis juré de ne pas faire les mêmes choses en moins bien, mais de produire les autres si j’en ai les moyens. Il est donc hors de question que je ne lise pas les jeunes auteurs.

Votre parcours est une belle réussite et un exemple encourageant pour tous ceux qui se démènent pour y arriver dans ce métier.

A la fin de son livre Hollywood Story, alors qu’il est devenu milliardaire, qu’il est le cinéaste le plus reconnu et qu’il a fait le plus beau film du monde avec La Vie est belle, Capra – dont je suis fan –se retrouve dans sa bagnole en bas du vieil immeuble abandonné dans lequel il a grandi et dit : « Voilà, on est tous un mélange de boyaux, d’os et de chair, et si moi j’y suis arrivé, tout le monde peut y arriver ». Vous savez que ma boite de production s’appelle Les Films de l’espoir.  C’est vrai que certains matins c’est plus difficile, on se dit que ça peut s’arrêter du jour au lendemain. Il faut essayer de vivre le moment présent.

 

 

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Retrouvez la vidéo :
Interview de Steve Suissa, metteur en scène de The Guitrys
Titre :
Interview de Steve Suissa, metteur en scène de The Guitrys
Description :

Steve Suissa nous parle de "The Guitrys", une pièce d' Eric-Emmanuel Schmitt avec Claire Keim et Martin Lamotte, qu'il a mise en scène au Théâtre Rive Gauche.

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Un commentaire Post a comment
  1. Nany #

    Aprés avoir vu la pièce The GUITRYS véritable » bulle de champagne », séduits par une Claire Keim et un Pierre Lamotte trés convainquants, nous avons découvert l’interview du metteur en scène Steve Suissa et tout le travail fait en amont. Une pièce à revoir autrement?

    novembre 8, 2013

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