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Arturo Brachetti dans le Comedy Majik Cho, interview

Après son triomphe de l’hiver dernier au Théâtre du Gymnase, Arturo Brachetti revient au Théâtre du Palais Royal dès le mois de septembre 2014 !  Accompagné de sept talentueux magiciens venus des quatre coins du monde, il mettra à nouveau en scène son show de magie à la fois drôle et poétique : le Comedy Majik Cho

De la grande évasion façon Las Vegas, à la maîtrise de faisceaux lumineux, en passant par des séquences d’illusion bluffantes, chaque performeur cultive son propre univers et rend hommage aux grands noms de la discipline. Lors d’une interview exclusive en décembre 2013, nous avions essayé d’arracher quelques secrets au maître de cérémonie… (Photo : Julie Lacombe)

 

[A l’intention de notre photographe, Arturo plonge dans une large penderie et en sort quelques costumes aux couleurs chatoyantes pour les mettre en arrière-plan…]

 

Ticketac.com : Arturo, qui fait vos costumes ?

Arturo Brachetti : Ca dépend. Celui-là vient du Canada. Ils sont faits à la main et sur mesure bien-sûr. Certains pèsent jusqu’à 26 kg, mais pas dans ce spectacle. Je fais souvent les croquis de mes costumes. J’en ai  350 à la maison et parfois j’en recycle. Certains peuvent coûter jusqu’à  5 000 €.

 

Et quand vous ne vous en servez plus,  qu’en faites-vous ?

Ils restent là, comme de vieilles photos. Je les regarde de temps en temps. Certains n’ont été utilisés qu’une seule fois, juste pour une émission télé.  Un costume vide, c’est comme un souvenir de voyage.  J’ai des prototypes aussi, des costumes qu’on n’a jamais utilisés sur scène. Je fais des essayages presque tous les jours. C’est fatigant de rester une heure ou deux sans bouger avec  des épingles partout. Et puis, il y en a toujours qui sont oubliées par les couturières et parfois, après trois ou quatre mois de représentations, elles réapparaissent en plein milieu du spectacle. Je ne compte plus les traces de griffures.

 

Vous êtes très mince, c’est une nécessité pour exercer votre métier ?

Oui, il faut être agile surtout ! C’est la chose la plus pénible à entretenir.  Je fais de la gym tous les jours. Le travail avec mes assistants est physique, on se fait des bleus, on se cogne. Il faut être souple, et puis j’ai 56 ans…

 

Arturo Brachetti

Crédit photo : Julie Lacombe

Le Comedy Majik Cho est un spectacle particulièrement physique ?

Oui, mais beaucoup moins que L’Homme aux mille visages dans lequel  j’étais tout seul. Là, je ne suis pas très fatigué à la fin. On fait sept représentations par semaine, on va passer à dix à Noël, mais sur mon premier spectacle, ça n’aurait pas été possible. A Shanghai on arrivait à en faire neuf par semaine…  Je sortais de l’hôtel, je faisais le spectacle, je rentrais, c’était tout.

 

Vous êtes plus habitué à être seul sur scène ?

Non, c’est seulement en France que je fais du one-man-show. J’ai toujours joué dans des pièces avec des acteurs ou des danseurs, dans des spectacles de variété style music-hall, mais aussi des pièces classiques : Songe d’une nuit d’été, Les Maxibules de Marcel Aymé…  J’ai joué dans beaucoup de pièces produites par le Théâtre National italien. Mon répertoire m’a permis de trouver un fil rouge pour mon premier spectacle de transformisme en 1999. Dans le Comedy Majik Cho, le fil conducteur, c’est l’intronisation de Luca, le jeune magicien. Mais cela reste une excuse pour faire de la variété. Il y a beaucoup de rires, d’applaudissements, de légèreté. L’histoire permet l’émotion finale. Le spectateur, au bout d’une heure et demie, doit avoir l’impression d’avoir effectué un voyage. L’histoire doit aboutir quelque part. Toujours.

 

Comment avez-vous choisi les magiciens qui font partie de la troupe du Comedy Majik Cho?

Serge Denoncourt, le metteur en scène, et moi avons visionné beaucoup de vidéos. J’ai proposé le duo de comédiens Luca & Tino. Quelqu’un nous a parlé de Darcy Oake.  Luca Bono est mon vrai élève. Il était dans un club de magiciens à 16 ans. Tout seul, dans un coin, à observer les autres, exactement comme dans le spectacle. Il avait des problèmes de communication. C’est grâce à la magie qu’il en est sorti. Comme moi. Je me suis revu en lui.

 

Ce qui est frappant dans le Comedy Majik Cho, c’est la diversité…

C’est pour ça que c’est bien d’être plusieurs. On fait tous des choses très différentes. Il y a du suspens, beaucoup d’humour, de la poésie.

 

L’ambiance est bonne entre vous ?

Oui, il ne peut pas y avoir de jalousies car chacun a son propre rôle, sa propre personnalité.

 

Vous venez de quel univers familial ?

Je viens d’un milieu ouvrier. Mon grand-père travaillait chez Fiat, mon père également. Une activité propre à Turin. Aucun lien avec le milieu artistique. Quand j’avais 5 ou 6 ans, je disais que je voulais être pape ou metteur en scène. Quand j’ai commencé à exercer, personne ne me prenait au sérieux. Alors je suis parti à Paris en 79. J’ai été pris au Paradis Latin parce que j’étais le seul transformiste au monde qui se change à grande vitesse comme Fregoli. Je ne le savais pas. Maintenant il y en a des dizaines sur internet qui m’imitent ou qui développent d’autres trucs.

 

Qui était votre modèle à l’époque ?

Leopoldo Fregoli [premier transformiste, 1867-1936]. J’avais lu l’histoire de sa vie, il n’y avait pas les trucs, il a fallu que je les invente car il est parti avec ses secrets. Et puis c’était une autre époque. Son gros succès a été l’Olympia en 1900. Il n’y avait ni le cinéma, ni la télé. On pouvait dire alors que quelqu’un se changeait en un éclair en 15 ou 20 secondes. Maintenant 15 secondes, c’est énorme !

 

Et ces 15 secondes se sont transformées en combien aujourd’hui ?

En une seconde et demie, c’est mon record.

 

Et alors, il y a un truc ?

Bien sûr, il y a toujours des trucs ! Quand on lit dans les cartes ou dans les pensées, quand on hypnotise, il y a toujours un truc. Quand quelqu’un plie des clefs avec le pouvoir de la pensée, ce n’est pas vrai. La télépathie, ce n’est pas vrai. Malheureusement. J’aimerais beaucoup croire le contraire. Beaucoup de gens veulent croire car c’est consolatoire.  Illusions, superstitions et religions, c’est pareil. C’est un besoin humain.

 

Et vous ? Comment êtes-vous tombé dans la magie ?

A 13 ans, j’ai rencontré au séminaire un prêtre qui faisait de la magie. C’était une manière de sortir de ma timidité. Je me déguisais pour faire des spectacles. Comme beaucoup de timides, ça me faisait souffrir, mais en même temps ça me rendait intéressant aux yeux des autres. Très souvent, les magiciens étaient des adolescents introvertis. L’art de la magie tient dans un face à face avec vous-même. Vous apprenez des trucs devant votre miroir en le répétant encore et encore, puis un jour vous le faites devant vos copains et tout à coup le vilain petit canard devient intéressant. C’est une revanche sociale. Il y a beaucoup de gens dans ce cas : des petites grosses qui deviennent de grandes danseuses, des filles pas très belles qui deviennent sublimes, qui commencent à construire un personnage, un look et deviennent spéciales. Cela devient le noyau de leur existence. C’est la même chose pour moi et des centaines d’autres artistes qui ont besoin de perpétuer cette illusion, ce rêve. Sur scène j’ai vingt ans de moins, je bouge, je suis une sorte de Peter Pan. C’est mon propre rêve. J’aimerais être comme ça toute la journée. La démarche est thérapeutique en quelque sorte : pendant une heure et demie par jour, j’ai le droit de jouer ce que je voudrais être.

 

Arturo Brachetti

Crédit photo : Julie Lacombe

 

Quand vous voyez l’émerveillement dans les yeux des spectateurs à la fin du spectacle, vous devez vous dire que vous faites le plus beau métier du monde, non ?

Pour moi, je fais le plus beau métier du monde. J’ai une chance énorme. Je me dis que dans ma prochaine vie, je vais souffrir atrocement parce que j’ai connu trop de belles choses dans cette vie.

 

En dehors de tout cet univers de rêve, de quoi est fait le quotidien d’Arturo Brachetti ?

J’ai vraiment un syndrome de Peter Pan. Et puis je ne m’arrête jamais. Quand un spectacle est lancé, j’en prépare un autre. Il ne faut pas se reposer. C’est fatigant mais je suis un peu immature. Ma maison en Italie est pleine de passages secrets, une bibliothèque qui pivote, de l’eau lumineuse… Quand je serai vieux, j’y organiserai des visites : partager un thé avec Arturo. Pour un petit vieux ce sera très bien.

 

Dans quel pays êtes-vous le plus connu, le plus aimé ?

France et Italie. En Suisse, au Québec, ça marche très bien aussi. Il faudrait que tous les ans je me rende dans tous les pays mais ce n’est pas possible. J’ai été adopté par les Français : dans une semaine, le musée Grévin va inaugurer ma statue de cire [le 3 décembre 2013]. C’est la première statue qui bouge. Elle change de costume plus de 1000 fois par jour, plus que moi sans aucun doute.

 

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Arturo Brachetti - affiche

 

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