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Alil Vardar raconte les secrets de sa réussite, du Clan des divorcées à 10 ans de mariage

Le Clan des divorcées, La Belle, la blonde et la nympho, 10 ans de mariage , Alil Vardar enchaîne depuis 2004 les pièces à succès. Auteur, comédien, propriétaire de théâtres et producteur, il a remis au goût du jour un café-théâtre décomplexé qui remplit ses salles avec une certaine insolence dans un contexte morose, entraînant dans son sillage admiration et jalousie. Originaire d’une famille albanaise réfugiée politique à Bruxelles, il incarne la réussite autodidacte et redonne foi dans la culture comme ascenseur social. Actuellement en tournée en France avec 10 ans de mariage, il nous a accordé un entretien lors de son jour de relâche pour nous raconter son parcours et nous annoncer au passage la programmation de sa prochaine création, Familles recomposées, cet été à Avignon et en octobre à Paris. Tout aussi captivant que prolixe, Alil Vardar nous a donc dévoilé quelques secrets de sa réussite…

« Mon frère voudrait racheter la France et moi je voudrais dormir la nuit ! »

Tout part de Bruxelles. J’étais très jeune, j’avais 23 ans, je sortais de l’armée. Je viens d’une famille immigrée type avec un faible niveau d’études. Vous savez, cette chair à chantiers Bouygues. Je le dis toujours, j’aurais dû passer ma vie à porter des sacs de ciment. Mais je sentais que quelque chose poussait en moi, quelque chose qui me disait : « Toi, tu ne vas pas faire les chantiers longtemps, ça va bouger. »
Le Clan des divorcées - afficheJe voulais aller vers l’artistique. Mais à l’époque, c’était un peu comme si je disais que j’allais faire un tour sur la lune. C’était aussi peu probable. La première fois que je suis entré dans un café-théâtre pour demander du boulot, l’endroit était tenu par la sœur de Salvatore Adamo. On m’a dit : « Allez la rejoindre, elle est en coulisses ». Mais moi, les « coulisses », je ne savais pas ce que c’était. Je ne savais rien. J’ai fais des erreurs, j’écrivais mal. Mais « à cœur vaillant rien n’est impossible ». J’ai démarré dans une émission télé qui recherchait de jeunes comiques. Je ressemblais alors à tout sauf à un humoriste. Je sortais des commandos, j’avais une tête de tueur, j’étais taillé comme un roc. Pourtant, j’ai gagné. La réussite artistique est l’ascenseur social le plus extraordinaire au monde. Un Belge sur quatre m’a découvert dans cette émission. Et surtout j’ai compris que la culture était un moyen de s’en sortir. Avec ce petit succès télé à 25 ans et une émission de radio quotidienne que j’animais, j’ai eu l’idée – la charnière de tout – d’acheter la salle dans laquelle je me produisais : quoi qu’il arriverait, on ne pourrait pas m’empêcher de jouer chez moi. Ça ne coûtait rien à l’époque. Je l’ai payée avec mes cachets. Mon frère et moi n’avons jamais été aimés. Simplement parce nous avions un cursus différent et qu’on ne nous connaissait pas. On dit bien que « la peur naît de l’ignorance ». Comme on n’était pas trop mauvais, ça a marché. On a ouvert la même chose à Liège, puis à Charleroi. J’avais un rayonnement national. Ce sont des années fastes. A cette période, j’ai mis ma carrière entre parenthèses pour produire d’autres humoristes. Je m’occupais plus de télé et de radio. Vous savez, la Belgique, c’est tout petit. Etre star en Belgique, c’est comme être star à Dijon.

« Mon frère et moi décidons alors d’aller voir de l’autre côté de la frontière. »

On se sépare des salles qu’on a en Belgique. On va à Toulouse et on rachète un café-théâtre. Et là, j’apprends l’humour français. J’essaie de comprendre pourquoi Un air de famille a autant marché. Je décortique les pièces des autres. Alors que la salle tourne bien, sort de ma main gauche Le Clan des divorcées. A partir de ce moment, tout est multiplié par 300. On se retrouve avec 5 000 places vendues à l’avance. C’était énorme pour Hazis et moi. Mon frère, qui est beaucoup plus clairvoyant me dit : « Maintenant, on va à Paris. » On débarque en août 2004 dans une espèce de « no man’s land », rien La Blonde, la belle et la nympho - affichene marche réellement au théâtre. La comédie est presque devenue ringarde au profit du one-man-show. C’est l’ère d’Arrête de pleurer Pénéloppe et le début de J’aime beaucoup ce que vous faites. Ma pièce est prise au Temple, chez Jacques Dahan qui m’avait repéré au Festival d’Avignon. Mais, même si le Clan est alors auréolé d’un certain succès, je ne suis pas à l’abri d’une déprogrammation. Je vends ma maison dans le Sud de la France et j’achète la Comédie République. Très peu de gens le savent mais c’est moi qui ai vissé tous les fauteuils. Je n’avais plus les moyens de payer qui que ce soit pour le faire. J’étais surendetté. On ouvre le mardi 24 octobre 2004. A partir du vendredi, c’est complet ! C’est la déferlante. Les gens viennent, viennent, viennent… De plus en plus. On ne savait plus où mettre les spectateurs. On a fait des chiffres totalement insolents pour une salle de 200 places. On faisait jusqu’à cinq séances le samedi ! Je commençais à 14h, je finissais à minuit, c’était surréaliste ! Il nous fallait une plus grande salle. On créé la Grande Comédie, rue de Clichy, 400 places. Je fais autant de séances qu’à la Comédie République, sauf que la salle est deux fois plus grande ! Puis on apprend que le Palace est à vendre. Je ne connais rien à l’histoire des lieux. Quand je découvre l’endroit, je vois un trou béant de 3 000 m2 dans Paris. Avec mon albanitude pragmatique de mec de chantier, je me dis que ça ferait un beau théâtre. Là, financièrement c’est beaucoup trop gros pour nous alors on s’associe à mes anciens patrons de radio en Belgique avec qui j’avais gardé de très bonnes relations, la famille Lemaire. Evidemment, toute cette histoire vue de l’extérieur, deux mecs que personne ne connaît… Les gens ne comprennent plus. Hazis et moi, on est Keyser Söze ! Tout le monde se demande qui sont ces truands du théâtre !

« On a juste été des garçons courageux au moment où le milieu était en plein doute. »

On est arrivés dans un système poussiéreux avec notre force qui est l’honnêteté. Mais on avait nos méthodes. Nous sommes les premiers à avoir compris que nos places allaient se vendre sur internet par exemple. Je savais que l’ère de la vieille guichetière désagréable était finie et que les gens allaient un jour réserver de leurs téléphones. On a été très bons là-dedans. Et puis un détail avait échappé à tout le monde, sauf au public. C’est que j’avais du talent. Tous se demandaient où était l’embrouille. Je peux compter sur les doigts d’une main les producteurs et directeurs de théâtres qui sont venus me voir, alors que je suis le mec qui a fait le plus d’entrées en France ces dix 10 ans de mariage - affichedernières années. Il n’y a pas beaucoup de métiers où avec « rien » – un texte c’est juste 60 pages – vous pouvez toucher deux cent mille personnes par an. J’ai remis au goût du jour le travestissement sur scène et, involontairement, un style de jeu qui ne se faisait plus.Les gens avaient envie de ça. On est passé de corsaires à barons. Nous sommes devenus très fréquentables. Mes pièces passent à la télé, j’ai de quoi racheter des théâtres et prêter de l’argent à tous ceux qui vont mal. Le théâtre est un endroit de liberté totale. Le théâtre, c’est quelqu’un qui monte sur une table et qui parle à un public, qui lui joue une scène de la vie, dramatique, lyrique ou comique. Pourquoi faudrait-il un système, des règles, une segmentation ? On me dit que je fais du théâtre populaire, mais ça ne veut rien dire. Moi-même je vais voir des spectacles qui ne sont pas drôles du tout. Je lis des choses qui n’ont rien à voir avec ce que j’écris. Le Repas des fauves, c’est bon ! Les Monologues du vagin, formidable ! Voilà des pièces intéressantes ! Je n’ai pas de racisme culturel. Quelqu’un qui fait du chant lyrique, des claquettes, des sketchs… a tout mon respect, parce que monter sur scène, c’est tellement difficile ! Et convaincre des gens de venir vous voir, c’est encore plus difficile ! A 44 ans, je n’ai aucune aigreur sur le métier. Peut-être parce que j’ai brillé vite. Je me suis battu mais je n’ai pas ramé longtemps. J’ai eu une bonne étoile. Vous ne choisissez pas le spectacle vivant. C’est une condamnation, agréable, mais une condamnation quand même.

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