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La Contrebasse : Clovis Cornillac seul en scène

Jacques Villeret avait sublimé le rôle il y a vingt ans, Clovis Cornillac le reprend ! Depuis le 18 janvier, la salle Réjane du Théâtre de Paris sert d’écrin au monologue habité d’un musicien dans La Contrebasse, pièce de Patrick Süskind. Un tête-à-tête aussi drôle qu’émouvant entre rêves et désillusions d’un bassiste prisonnier de son instrument.

Intimité avec une contrebasse

L’entrée en scène est timide. C’est à qui apprivoisera l’autre le premier : Clovis Cornillac, qui se faisait plus rare au théâtre ces dernières années, ou le public, attentif et désireux d’une prestation à la hauteur du texte de Süskind ? Dans un décor épuré fait de placards invisibles, la contrebasse trône, imposante. C’est d’elle dont il est question, encore et toujours… La ContrebasseElle est lourde, encombrante, semblable à une grosse femme mal proportionnée et aime faire son intéressante en société. Le bassiste, « fonctionnaire » de l’orchestre national, nous explique la difficulté de manipulation de son instrument, la frustation de se retrouver éternellement relégué au fond, près des cymbales tonitruantes, le manque de reconnaissance au sein de l’ensemble symphonique. La hiérarchie de l’orchestre est implacable. Les mots sont choisis, les digressions volontairement tuées dans l’oeuf, l’intimité affleure avec pudeur.

Clovis Cornillac, l’équilibre parfait

Dans son appartement insonorisé à 99 %, le musicien calfeutre ses pensées, étouffe ses désirs. Il y a justement cette jeune soprano qui l’émeut et à qui il n’ose pas adresser la parole. Sa voix, a l’opposé de son instrument, le saisit, lui fait miroiter ce rêve impossible d’un duo : une soprano accompagnée d’une contrebasse, quelle folie ! Peu à peu, le ton se libère, les rancoeurs bouillonnent, le tourne-disque crache quelques morceaux venant illustrer le discours, les placards s’ouvrent en grand et laissent pénétrer le regard dans la confidence. Clovis Cornillac excelle dans cette mise à nu aussi drôle que touchante. Comédien et mise en scène accompagnent le texte avec évidence.

La Contrebasse

Un musicien dans l’impasse

Au fil des canettes de bière venant épancher la soif du personnage, la parole révèle toute la complexité du petit interprète, ouvrier de la musique, simple maillon d’oeuvres grandioses et sublimes. Mozart est très « surestimé ». Wagner a droit à un dénigrement amer. Schubert reste un plaisir trop peu joué. Le musicien a des idées bien arrêtées sur son art, un peu  moins sur le sens d’une vie qui lui échappe. Bloqué dans un quotidien sans surprises et sans perspectives, ses rêves de destruction d’un univers compartimenté, subi mais choisi, lui apportent ce vague espoir de briser un jour les chaînes qui le lient à son instrument.

La Contrebasse est une merveille de profondeur et d’émotions qui s’aventure bien au-delà des considérations des seuls mélomanes. Un classique rare et précieux servi ici par un Clovis Cornillac brillant dans une mise en scène intense signée Daniel Benoin. On conseille ? Evidemment !

 

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La Contrebasse - affiche

 

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