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Francis Perrin dans Comme un arbre penché, interview

Après le joli succès de Zelda et Scott, le Théâtre La Bruyère poursuit sa saison avec Comme un arbre penché, une pièce émouvante sur les retrouvailles de deux amis alors que l’un d’eux est frappé de « locked-in syndrome » et ne peut communiquer que par le regard. Accompagné de son épouse Gersende Perrin et du comédien Patrick Bentley, Francis Perrin joue avec profondeur et humour le rôle de Louis, un « monsieur tout le monde » attachant qui éclaire de sa gouaille la chambre d’hôpital de Philippe, son ami de toujours. Au fil des jours et des visites, les deux hommes revivent leurs années de complicité mais aussi leurs rancoeurs. Francis Perrin a accepté de nous en dire un peu plus… (Photo LOT)

 

Ticketac.com : Comme un arbre penché est une pièce toute en finesse qui joue sur l’émotion mais avec pudeur…

Francis Perrin : C’est ce que l’auteur, le metteur en scène et moi voulions. Nous avons travaillé dans le sens de l’espoir malgré la réalité de la situation.

 

Cette pièce a ceci de très particulier que vous êtes quasiment seul sur scène, face à un interlocuteur qui est bien là [de dos pour le spectateur] mais qui ne peut vous répondre si ce n’est par un simple clignement des yeux.

Il faut savoir que Patrick Bentley, qui joue le rôle de Philippe, cligne vraiment des yeux. Il y a un réel dialogue avec le regard, c’est ça qui est formidable.

 

Mais nous ne le voyons pas. Pourquoi l’avoir mis dos au public ?

Parce que ça aurait été gênant, les gens auraient été focalisés sur ça. Et puis la présence de l’aide soignante aussi multiplie les situations d’échange.

 

Justement, quelles différences percevez-vous dans le jeu selon ces deux modes de dialogue : le regard avec Patrick Bentley, la parole avec Gersende Perrin ?

De toute façon, la manière dont je prends le rôle dépend du public. Certains soirs, il y a un silence d’attention, de concentration, les gens sont moins réactifs au rire parce que la situation les dérange, ils sont plus dans l’émotion. Et d’autres soirs, le rire est libérateur de même que pour le personnage, qui est un goujat au début, comme on peut l’être quand on est confronté à une chambre d’hôpital. Il s’humanise au rythme des visites, des saisons et des mois qui passent, de tout ce qui se dit, de cette amitié de cinquante ans. C’est une pièce magnifique sur l’amitié, l’amour, la remise en cause de soi…

 

Comme un arbre penché 3

Francis Perrin dans le rôle de Louis (Photo LOT)

C’est vrai que Louis [joué par Francis Perrin] se justifie surtout envers lui-même sur les causes de la rupture de son amitié avec Philippe, des années auparavant…

Je pense que quand on est confronté à quelque chose de grave dans la vie, si on est capable de s’en enrichir, c’est beaucoup plus intéressant et gratifiant. C’est une source de progrès pour l’être humain.

 

L’intérêt de la situation est justement de faire évoluer tous les personnages…

Bien-sûr. Louis fait vivre d’autres personnages aussi : la mère [sans cesse au téléphone], la soeur de Philippe… Des portraits qui sont formidables avec tous leurs souvenirs. Il y a une certaine harmonie entre ces deux amis qui ont besoin l’un de l’autre même douze ans après leur dispute.

 

L’aide soignante jouée par Gersende Perrin agit comme un rayon de soleil, aussi bien pour les personnages que pour les spectateurs…

Ah oui, elle illumine littéralement l’espace ! L’auteur ne la voyait pas du tout comme ça. Il imaginait une fille assez sèche qui fait juste son boulot. Grâce au travail de Gersende et du metteur en scène, elle est devenue une présence réconfortante qui dégage une sérénité, un dévouement, une lucidité.

 

Le décor de la pièce est une chambre d’hôpital. C’est assez déstabilisant non ?

Oui, mais vous avez remarqué qu’il n’y a aucun instrument, tube ou cathéter. Jean-Luc Tardieu [metteur en scène] a souhaité en faire plutôt un espace de repos. La chambre d’hôpital fait ressurgir beaucoup d’émotions chez les spectateurs car tout le monde a des souvenirs plus ou moins difficiles du lieu. Et je le comprends tout à fait. Personnellement je déteste les hôpitaux. Les répliques et situations comiques de la pièce entraînent des réactions plus mesurées, des sourires esquissés… C’est vrai que c’est une pièce qui n’est pas facile.

 

Vous vous sentez influencé par ce décor ?

Non. Le personnage est concrètement là parce qu’on lui a demandé de venir voir son ami. Il ne sait pas du tout que Philippe est dans cet état. C’est un vendeur de voitures, diseur de calembours, avec un humour limite, et puis tout à coup il se trouve confronté au drame et apprend des choses qui le déstabilisent. C’est une pièce intéressante avec beaucoup de rebondissements. Des rôles comme ça, on n’en rencontre que deux ou trois dans sa carrière. Dès la lecture du texte je me le suis approprié.

 

Comment est né la projet ?

Michel Leeb avait demandé à Lilian Lloyd de lui écrire cette pièce, mais il a finalement refusé le rôle, trop porteur d’émotions. Je peux vous dire que c’est une pièce qui vous secoue. C’est vidant, épuisant. Le théâtre est de toute manière un exercice fatigant, je suis habitué, ça fait quarante-huit ans que je joue. J’en ai joué deux ou trois des rôles comme ça, dont un de Ionesco. Robert Hirsch, qui avait créé le rôle à la Comédie-Française dans La Soif et la Faim, m’avait dit : « Ne le joue pas trop longtemps parce que c’est un rôle dérangeant. » Et effectivement, je l’ai joué une cinquantaine de fois, j’étais content d’en sortir. Il y a des rôles comme ça. Celui de Louis ne me déstabilise pas parce qu’il reste très positif, mais il me vide clairement et en permanence. Je vis avec. C’est un parcours de montagnes russes d’émotions, de rire, d’inconscient, de spontanéité. Il passe par tous les sentiments, la honte, la joie, la rigolade… C’est extraordinaire pour un comédien. On m’a fait un beau cadeau.

 

Vous jouez avec votre épouse, Gersende Perrin. Il vous est souvent arrivé d’être ensemble sur scène ?

C’est comme ça que je l’ai rencontrée il y a treize ans. Je l’avais engagée alors qu’elle était au Conservatoire d’art dramatique de Paris, en 3ème année. Je montais une pièce de Jean Anouilh, Ne réveillez pas madame, et la comédienne qui devait jouer le rôle est tombée enceinte. J’ai donc organisé des auditions et Gersende l’a eu. Quelques mois après on ne se quittait plus et on a fait trois enfants. Nos retrouvailles sur scène est une idée de Jean-Luc Tardieu car Gersende n’avait pas joué depuis douze ans. Quand on rentre le soir, on refait la pièce. On grignote un truc à la maison et on reprend telle ou telle réplique. On est aussi exigeant l’un que l’autre.

Comme un arbre penché

Francis Perrin et Gersende Perrin dans « Comme un arbre penché » ( Photo LOT)

 

Comme vous le disiez, vous faites ce métier depuis plus de quarante ans, vous avez joué tous les rôles, connu tous les genres. Quels sont vos rêves aujourd’hui ?

Je ne rêve de rien en particulier parce j’ai toujours fait ce que j’avais envie de faire. Ce sont mes choix, je les assume entièrement. On ne m’a jamais obligé à faire quelque chose. Je joue au théâtre, je tourne une série pour France 3 qui va durer plusieurs années [Mongeville], j’écris un livre – vous savez que je fais des romans aussi – j’ai une vie de famille, nombreuse, puisque j’ai six enfants et deux petits-enfants, c’est une responsabilité… Continuer comme ça me suffirait. Je suis très gâté. J’ai eu des rôles formidables, les meilleures critiques qui puissent arriver, les plus mauvaises aussi. Je suis toujours là au bout de quarante-huit ans de carrière, j’en suis encore étonné et c’est bien. Je suis toujours passionné.

 

Aucune lassitude ?

Non, s’il y en avait eu, je me serais arrêté.

 

Et qu’auriez-vous fait ?

J’aurais écrit peut-être… Si je n’avais pas été comédien… Je ne sais pas du tout. C’est ce que j’ai toujours voulu être.

 

Si vous aviez à persuader le public de venir voir Comme un arbre penché, comment vous y prendriez-vous ?

C’est une pièce idéale si vous avez envie de vivre une soirée de théâtre pur, c’est à dire un bon texte, une bonne mise en scène, de bons comédiens ; une soirée où l’on passe du rire à l’émotion. Et si vous avez envie de découvrir un jeune auteur qui en vaut vraiment la peine.

 

>>Découvrez la pièce Comme un arbre penché avec Francis Perrin sur Ticketac.com

Comme un arbre penché - affiche

 

 

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