Skip to content

Mohamed Nouar, interview du dernier gentleman

« Nouar comme ça se prononce. Mohamed comme ça se dénonce. » L’humoriste perpignanais ne manque pas d’autodérision dans le spectacle qu’il joue cette saison au Point-Virgule. Vêtu d’un smoking impeccable et adepte de la vanne élégante, Mohamed Nouar s’est fait remarquer lors de ses passages au Jamel Comedy Club en 2013 et compte bien tracer sa route en affirmant son style dans le paysage du one-man-show français. Nous avons pu étancher notre curiosité sur ce « dernier gentleman » lors d’une rencontre express quelques minutes avant son spectacle.

 

Ticketac.com : Vous avez grandi dans la ville de Perpignan. Pouvez-vous nous raconter votre parcours jusqu’au Point Virgule à Paris ?

Mohamed Nouar : Beaucoup d’artistes viennent de province, mais ils finissent tous par se retrouver à Paris parce que l’univers du spectacle est très centralisé. J’ai grandi dans un quartier gitan de Perpignan, j’en parle un peu dans mon spectacle. J’ai commencé par faire du théâtre classique, de la comédie italienne et j’ai découvert le one-man. Puis je suis parti faire des études d’arts du spectacle à Montpellier tout en continuant à me produire dans des petites salles et à suivre des stages de théâtre. Je savais que la meilleure formation, c’était le café-théâtre. Je suis donc venu à Paris. On a beau écrire, se demander si un sketch va marcher ou pas, le public reste le seul juge.

 

C’est une méthode d’apprentissage qui n’épargne pas avec la menace du bide…

Ah oui, le fameux bide… Si on a le trac chaque soir, c’est parce que le public n’est jamais le même, surtout quand on commence. Dans les petits théâtres, les gens le plus souvent ne nous connaissent pas, on ne sait pas s’ils vont adhérer à notre humour.

 

Pourquoi avoir choisi l’humour et non le théâtre ?

Je ne me considère pas seulement comme humoriste, mais aussi comme comédien. J’essaie de faire un peu de cinéma. Peut-être qu’un jour je reviendrai dans une pièce de théâtre. J’aime beaucoup le one-man parce qu’on ne doit rien à personne, on est totalement autonome.

 

Vous n’avez jamais été confronté à une certaine « solitude » du seul-en-scène ? [Voir l’interview de Caroline Vigneau sur le sujet.]

On peut parfois se sentir seul dans les débuts, mais il y a tout de même une équipe qui vous suit : régisseur, metteur en scène, co-auteur, la prod… Il y a des gens derrière. On n’est vraiment tout seul que sur scène, ce qui est particulièrement difficile quand ça ne marche pas. On essaie d’avoir un spectacle rythmé pendant une heure, mais il peut y avoir des flottements parfois. Il faut savoir affronter le rire mais aussi le bide. Chaque soir est une remise en question. Et puis le spectacle évolue au fil des représentations. Il faut toujours apporter de la fraîcheur.

 

Mohamed Nouar

Mohamed Nouar lors du gala Marrakech du rire

Vous êtes à Paris depuis plus de six ans maintenant. Vous avez eu l’occasion de jouer votre spectacle à Perpignan ?

Justement j’y ai joué il y a deux ou trois mois. J’avais déjà joué à Perpignan avant mon départ à Monpellier, je faisais des premières parties. En province, il faut être connu à Paris et passer à la télé pour que les théâtres achètent les spectacles. C’est une question de rentabilité.

 

Qu’est-ce qui a fait décoller votre carrière ? Le passage au Jamel Comedy Club ?

Le Jamel Comedy Club m’a apporté de la médiatisation. Avant ça j’avais été chroniqueur sur France Inter. Je suis aussi passé dans l’émission Café Picouli sur France 5. Mais c’est vrai que le passage sur Canal + en clair m’a fait connaître du grand public.

 

Comment rentre-t-on dans l’équipe de Jamel ?

J’allais jouer au Comedy Club dans le cadre des scènes ouvertes, comme dans n’importe quel café-théâtre. Jamel m’a vu. J’ai passé des auditions et on m’a invité à faire l’émission.

 

Une grande question qu’on avait posée à Donel Jack’sman l’été dernier à Avignon : est-ce que l’humour ça fonctionne avec les filles ?

De toute façon, Donel, humoriste ou pas, ça marche jamais (rires). On connaît tous l’expression « femme qui rit à moitié dans ton lit ». Mais quel rire ? Est-ce qu’elle se fout de vous, est-ce qu’elle rit pour finalement partir avec son mec ? Qu’est-ce que ça veut dire ? Honnêtement je pense que le rire aide, le tout est de savoir si on en profite ou pas. Moi je n’en profite pas. D’autres humoristes le font, mais ce ne sera jamais autant que dans la musique. Tous les soirs je porte un smoking sur scène, ça rattrape. Je fais d’ailleurs la différence dans mon spectacle entre le comique et l’humoriste. Le comique n’a rien de sexy. On imagine tout de suite le mec qui fait des grosses blagues avec un nez rouge. Le stand-up qui vient des Etats-Unis est beaucoup plus élégant. En France on a une culture un peu plus sketchs. Par le déguisement, la création de personnages… Quoi qu’il arrive le rire rapproche les gens… Ca me donne une chance !

 

On voit d’ailleurs de plus en plus d’humoristes bien sapés sur scène. Qui a lancé cette pratique ?

J’essaie toujours d’être élégant, même dans la vie. Ca fait partie de ma personnalité. De ma façon d’écrire aussi. Je ne trouve pas qu’il y ait beaucoup d’humoristes bien habillés. Il faut aussi savoir faire la différence avec les galas à la télé où les artistes sont obligés d’être en costard. Ceux qui font du stand-up font peut-être plus d’efforts vestimentaires.

 

Quand vous vous préparez pour votre spectacle, avez-vous l’impression de mettre un « costume de scène » ?

Bien sûr. J’ai l’impression de mettre le costume de Superman ou le masque du film The Mask. J’ai déjà donné des spectacles à la cool en tee-shirt mais je n’étais pas à l’aise. Les gens qui sont habitués à m’avoir vu en smoking à la télé sont perturbés quand ils me voient dans la rue. Je leur explique que je ne dors pas avec.

 

Vous voulez faire quoi quand vous serez grand ?

J’espère déjà continuer dans le métier, évoluer dans de plus grandes salles. On m’a posé cette question étant petit, je voulais être comédien. J’ai déjà réalisé ce rêve. Tout ce qui arrive après, c’est du bonus.

 

Qu’est-ce qui vous distingue des autres ?

C’est difficile comme question. J’aurais peur de paraître narcissique en disant que je me démarque par telle ou telle chose. Je peux me décrire mais difficilement dire si je suis différent des autres. C’est au public d’en décider. Quand je monte sur scène, mon but est d’être efficace, de faire rire, de garder le rythme. Tout ça avec mon style.

 

C’est quoi un bon humoriste ?

Un bon humoriste, c’est tout simplement celui qui fait rire son public.

 

LA MINUTE 3×3 : trois questions pour des réponses en trois mots !

Trois choses que vous détestez.

Le métro / L’extrême droite / L’inégalité

Trois objets qui ne vous quittent jamais.

Mon costume / Mon sac / Ma brosse à dents

Trois envies immédiates.

Me préparer / Boire / Adapter mon spectacle [le soir de notre interview, le Point-Virgule accueillait un groupe de lycéens, d’où le besoin d’adapter certains sketchs]

 

 

>>Découvrez le spectacle de Mohamed Nouar au Point-Virgule

Nouar -  affiche

Partager
Share Button
Pas encore de commentaire

Laisser une réponse

Vous pouvez utiliser des balises HTML basiques dans votre commentaire. Votre adresse email ne sera pas publiée.

Suivre ce commentaire via son fil RSS