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Alexis Michalik, interview

Ses deux pièces, véritables petits miracles de la création théâtrale française, l’ont propulsé au rang de chouchou des salles parisiennes. Avec Le Porteur d’histoire et Le Cercle des illusionnistes, Alexis Michalik a su gagner aussi bien les faveurs du public que des critiques, tout en imposant une nouvelle forme de théâtre. Démultiplication des lieux et des époques, comédiens investis d’une multitude de rôles, superposition des scènes, suspens haletant… le tout régi par une mécanique largement empruntée au scénario. Audace et originalité sont les maîtres mots de ce jeune auteur à suivre. Nous l’avons rencontré au Théâtre de la Pépinière, actuelle demeure de son nouveau spectacle. (Crédit photo : Jérôme Tissier)

Ticketac : Le Porteur d’histoire au Studio des Champs-Elysées est un triomphe, Le Cercle des illusionnistes à la Pépinière cartonne. Comment vivez-vous ces succès publics et critiques ?

Alexis Michalik : Forcément plutôt bien. Ce n’est pas non plus arrivé d’un coup. On a commencé par faire un Avignon en 2011 avec Le Porteur d’histoire, dans une petite salle. Ensuite en 2012, on l’a rejoué dans une salle plus grande et il a très bien marché aussi. Mais j’avais déjà connu des succès au Festival d’Avignon. Ce n’était pas non plus hors du commun. On s’est ensuite produit au Théâtre 13 où le succès critique fut énorme. C’était blindé, on y a battu tous les records de fréquentation. Mais cela restait dans le cadre de six semaines de représentations, on ne savait pas du tout ce que ça allait donner dans le théâtre privé. La pièce a repris quatre mois plus tard au Studio des Champs-Elysées. La machine s’est vraiment mise en route à ce moment là. Tout a été progressif. C’est la durée qui fait le succès. Après, c’est hyper agréable. C’est un bonheur et surtout une grosse surprise : on n’imaginait pas faire un carton public avec un spectacle aussi intimiste, qui n’est pas une comédie et qui a été monté avec peu de moyens. Aujourd’hui il y a trois équipes qui tournent en France et à l’étranger, c’est un peu la folie ! Et on continue à vendre des dates, on retourne au Festival d’Avignon cet été, on est pleins tous les soirs à Paris… C’est assez incroyable. Et puis surtout, ça a permis la création du spectacle suivant : Le Cercle des illusionnistes.

 

La manière dont on vous perçoit dans le milieu a-t-elle changé ?

A.M. : L’évolution a commencé avec Le Porteur, mais s’est vraiment confirmée avec Le Cercle. Le premier spectacle pouvait encore être un accident. Le succès du deuxième valide en quelque sorte. Et puis les équipes de comédiens sont différentes sur les deux pièces, le lien se fait donc par l’auteur ou le metteur en scène. Beaucoup de portes me sont ouvertes désormais.

Alexis Michalik

Crédit photo : Jérôme Tissier

 

Avez-vous l’impression d’avoir un champ de liberté plus étendu aujourd’hui sur le plan créatif?

A.M. : Oui, disons que pour mon prochain spectacle, je connais plusieurs personnes prêtes à m’accueillir avec plaisir. Mais je suis aussi conscient des règles du jeu, c’est aussi parce que tout marche. Actuellement, n’importe quel théâtre serait ravi d’accueillir une future création ; si elle est écrite avec les pieds, il est évident qu’on ne me le pardonnera pas.

 

Vous avez été nommé aux Beaumarchais 2014 dans la catégorie de meilleur auteur pour Le Cercle [prix du Figaro qui récompense chaque année la création théâtrale]. Un prix est-il une reconnaissance ?
A.M. : Bien sûr que c’est une reconnaissance. Mais ça n’occupe pas une place capitale dans ma vie. Je suis déjà comblé. Les salles sont pleines, ce qui est extrêmement difficile aujourd’hui, avec des spectacles personnels qui ne sont pas des comédies de canapé, qui n’ont pas de têtes d’affiche, qui font appel à un imaginaire, sur des sujets par forcément évidents comme la littérature, l’histoire… Tous les voyants sont au vert. Si une récompense tombe, j’en serais très flatté, mais ma vie ne changera pas.

 

On lit beaucoup de choses sur la place que vous accordez à l’écriture lors de la création de vos pièces, parfois contradictoires. Pouvez-vous nous éclairer sur le sujet ?

A.M. : Le Porteur et Le Cercle n’ont pas été faits de la même manière. Pour Le Porteur, on a créé la première moitié du spectacle pour un festival au Ciné 13. Cette première moitié, je l’ai racontée aux comédiens, je ne suis pas passé par l’écriture tout de suite. Ce serait faux de parler d’improvisation car le canevas était là, avec des bribes de dialogues. On est allé chercher les situations ensemble. La mise en scène et le texte ont été créés en même temps ; on peut parler d’écriture au plateau. J’enregistrais sur dictaphone, je rentrais à la maison et je réécrivais les dialogues. On a procédé ainsi pour les scènes contemporaines. Mais toutes les scènes du passé, je les ai écrites « à la table » pour obtenir ce verbe très dix-neuvième. En ce qui concerne la deuxième partie, comme on plongeait un peu plus dans la littérature, j’ai écrit le texte, mais encore une fois avec des changements une fois sur scène, car j’aime bien qu’il y ait des allers-retours avec le plateau. Pour Le Cercle, j’ai écrit « à la table » une douzaine de versions avant les répétitions. Le texte qui est en vente est la dix-septième. En ce moment je travaille sur une nouvelle édition du Porteur, des choses ont encore changé. Pareil avec Le Cercle, je travaille sur un peaufinage d’édition. Je ne pense pas que chaque spectacle doive être fait de la même manière. Le Cercle a été plus complexe à écrire que Le Porteur. C’est un biopic – sur Robert Houdin et Georges Méliès – et il est difficile de prendre le réel pour en faire une fiction. On est tenté de raconter le réel, mais une histoire n’est pas forcément plus intéressante parce qu’elle est vraie.

 

Le Porteur obéit a un système d’emboitement d’histoires dans l’histoire, avec un grand H. Comment en êtes-vous arrivé à ce mode de narration ?

A.M. : Le Porteur est construit sur le modèle Wikipedia. De même que lorsqu’on s’y balade, qu’on ouvre des liens à l’intérieur d’un article et qu’on suit plusieurs fenêtres en même temps. C’est une narration 2.0 en quelque sorte.

 

Comment apprend-on a écrire une pièce de théâtre ?

A.M. : Déjà, j’écris depuis que je suis tout petit. Théâtre, synopsis, beaucoup de scénarios puisque je suis scénariste de fait. Les premiers spectacles que j’ai montés étaient des adaptations de pièces classiques sur lesquelles j’avais déjà procédé à un retraitement. Je réécrivais, je réadaptais. Mais je ne croyais vraiment pas à l’écriture théâtrale parce qu’il y a tellement d’auteur classiques qu’il suffit de réinventer… Et puis en découvrant plusieurs auteurs très actuels qui utilisaient les codes narratifs du cinéma et de la série, mon regard a changé. Je ne savais pas si Le Porteur devait être un film ou une pièce. Je me suis lancé lorsque Benjamin Bellecourt m’a proposé un jour de monter quelque chose. A aucun moment je ne me croyais auteur de théâtre.

 

Alexis Michalik

Crédit photo : Jérôme Tissier

 

L’optimisation du comédien qui joue plusieurs personnages, vous y pensez dès l’écriture ?

A.M. : Oui, dès le départ je savais combien j’allais avoir d’acteurs. J’en joue beaucoup dans Le Porteur avec tel comédien qui en joue un autre, un peu aussi dans Le Cercle avec le personnage de l’horloger. C’est quelque chose qui date de mes spectacles précédents. Dans Roméo et Juliette, on était trois et on jouait tous les rôles, pareil dans La Mégère à peu près apprivoisée.

 

On retrouve ce procédé chez d’autres metteurs en scènes, comme Eric Métayer. Est-ce un choix motivé par l’économie de comédiens, pour éviter que le spectacle ne coûte trop cher à produire, ou est-ce un vrai parti pris artistique ?

A.M. : Les deux. L’idée est de faire durer un spectacle le plus longtemps possible sans que les acteurs s’ennuient sur scène. C’est aussi un souci d’économie, c’est évident. J’ai envie de dire que l’urgence ou le besoin forcent à l’inventivité.

 

Dans notre billet sur Le Porteur d’histoire, nous avons situé votre univers au carrefour de Shakeaspeare, Eric Métayer et Dan Brown. Etes-vous d’accord ?

A.M. : Oui, à cela près qu’Eric Métayer adapte des pièces anglaises qui existent déjà. L’influence viendrait plutôt de cette économie anglo-saxonne, mais c’est aussi plein d’autres choses. C’est Simon Mc Burney, c’est Ariane Mnouchkine, c’est Irina Brook… Ce sont aussi les séries, 24h chrono… Toutes ces choses qui m’ont façonné. En ce qui concerne Dan Brown… Le roman qui m’a pas mal inspiré s’intitule Le Huit, de Catherine Neville. C’est plus ça que Dan Brown.

 

Et Shakespeare ?

A.M. : Bien sûr Shakespeare. Il est notre dieu à tous. C’est quand même le meilleur scénariste du monde !

 

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Le Porteur d'Histoire - affiche

Le Cercles des illusionnistes - affiche

 

Retrouvez la vidéo :
Interview d'Alexis Michalik, auteur et metteur en scène
Titre :
Interview d'Alexis Michalik, auteur et metteur en scène
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Découvrez l'interview vidéo d'Alexis Michalik, auteur et metteur en scène du "Porteur d'histoire" et du "Cercle des illusionnistes".

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