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Camille Chamoux, interview d’une gazelle

Impossible d’éviter le raz-de-marée Camille Chamoux ces temps-ci. Au cinéma dans Les Gazelles, une comédie pertinente et réfléchie sur les néo-célibataires trentenaires qu’elle a co-écrite et où elle tient le premier rôle. Sur les planches du Théâtre du Petit Saint-Martin avec Née sous Giscard, un seul-en-scène prenant la forme d’un manifeste sur la génération X. Nous l’avons retrouvée un après-midi dans le décor vintage de son spectacle. Entre un lampadaire de sa grand-mère et une table en Formica chinée chez Emmaüs, Camille nous a parlé de sa nostalgie pour cette drôle d’époque qui l’a vue naître. (Crédit Photo : Julie Lacombe)

 

 

Ticketac : C’est un peu la folie Camille Chamoux en ce moment : un film dans les salles avec Les Gazelles, un nouveau spectacle au Théâtre du Petit Saint-Martin avec Née sous Giscard, comment gérez-vous cette double actualité ?

Camille Chamoux : En fait c’est assez chouette à gérer, parce c’est l’aboutissement de beaucoup de travail. Le film aussi bien que le spectacle sont de merveilleux champs d’expression pour partager le regard que je porte sur ma génération. Du coup, c’est très agréable pour moi de les défendre et d’en parler. Le rythme est un peu « soutenu », l’autre mot pour dire « impossible à tenir ». Mais on trouve toujours l’énergie pour promouvoir des projets personnels aboutis. J’essaie de vivre aussi un peu. Je fais une sieste avant de jouer parce que j’ai des journées de travail qui ne se terminent pas avant 22h30. J’essaie de déjeuner au soleil, de lire (ce que je n’ai pas fait depuis vraiment longtemps…). Il faut savoir retrouver le temps de vivre pour être à nouveau inspiré.

Camille Chamoux

Crédit Photo : Julie Lacombe

 

Contrairement à beaucoup de spectacles de type one-man-show, votre public est assez diversifié sur le plan générationnel. Comment l’expliquez-vous ?

C.C. : Le thème du spectacle est la nostalgie, et comment lui tordre le cou. C’est universel. Et puis la nostalgie s’acquiert avec l’âge. Même si je l’avais déjà à 13 ans… J’ai gardé tout l’aspect sociologique des rapports homme-femme pour Les Gazelles, du coup je m’en suis totalement libéré pour le spectacle où je ne parle absolument pas d’amour ni de sexe. Autant je trouve super d’en parler au cinéma parce que personne ne le fait, autant je trouve ça inutile d’en faire un spectacle parce que toutes les filles en parlent sur scène. Dans  Née sous Giscard, j’essaie de relier l’intime au sociologique, de partir de mon expérience pour aller vers l’analyse sociétale : qu’est-ce que la génération X ? qu’est-ce qu’être un individu dans la société d’aujourd’hui ? J’ouvre une parenthèse : c’est hallucinant de voir à quel point la sexualité féminine au cinéma est absente. Vous ne pouvez pas savoir combien Les Gazelles ont choqué alors que c’est tellement en deçà de nos vies.  Aujourd’hui, on n’attend plus le prince charmant avec un pot de Nutella et son chat.

 

Le milieu artistique est très masculin. J’imagine que vous avez sacrément dû vous battre pour vous imposer déjà en tant qu’artiste et réussir à donner vie aux Gazelles ?

C.C. : Enormément. D’abord, ça montre que c’est possible. Les choses évoluent. Avec ce film, Mona Achache et moi participons à une sorte de courant qui ouvre le cinéma à des figures de femmes plus complexes et plus entières.

 

Revenons à Née sous Giscard. La notion de genre se pose pour ce spectacle. Vous êtes seule sur scène mais ce n’est pas à proprement parler un one-woman-show. Vous y êtes drôle mais pas que. Comment le définiriez-vous?

C.C. : C’est un seul-en-scène. Dans l’imaginaire collectif, le one-woman-show a pour objectif de distraire et de faire rire. J’en ai fait un, je sais ce que c’est [Camille attaque de 2006 à 2011]. C’est un truc qui m’a épuisé. J’adorais mon premier spectacle, mais il avait fallu l’optimiser au fil des représentations : rajouter des vannes, le rendre plus efficace, plus drôle. Je finissais par attendre le rire des gens à chaque seconde. Dans Née sous Giscard, j’ai pris le partie de m’en foutre. Le rire y naît de l’effet miroir, de l’identification. Bien entendu, il y a un art de la formulation que je recherche dans l’écriture, mais déclencher le rire n’est pas ma priorité. Phénomène amusant : les gens en rient d’autant plus. Marie Dompnier, qui a mis en scène le spectacle – une pointure dans le théâtre subventionné et ne connaissant rien au one-man-show -, a vraiment essayé de me faire adopter le ton d’une conversation avec le public. C’est aussi pour ça que la question du genre est intéressante. Le ton est un peu hybride, comme dans Les Gazelles d’ailleurs, qui n’est pas une vraie grosse comédie.

Camille Chamoux

Crédit photo : Julie Lacombe

Pouvez-vous nous expliquer l’affiche de votre spectacle où vous apparaissez en Miss plutôt énigmatique ?

C.C. : Je suis en body vintage bleu délavé parce que c’est une bonne couleur de ces années-là. Je voulais illustrer quelqu’un de perdu dans son époque. Mon idée avec cette Miss c’était : pauvre trophée ! Le trophée d’une époque médiocre. Le destin de la Miss qui finit à la foire à la saucisse est assez horrible. Et puis il y a un truc très franchouillard dans cette couronne. Sur l’affiche je prends un sourire un peu niais et désenchanté avec ce regard vague vers un futur incompris, ce geste figé de la main qui ne veut rien dire. La combinaison du titre Née sous Giscard et de cette image exprime bien la notion d’héritage médiocre.

 

Dans votre spectacle, vous expliquez que les gens de votre génération passent leurs week-ends dans les brocantes à reconstituer l’intérieur de leur grand-mère. Camille, avez-vous une cuisine en Formica ?

C.C. : Il faut savoir que quasiment tout le mobilier qui se trouve sur scène est à moi [tables, lampadaire, poste de radio, tout y est vintage]. Et oui, dans ma cuisine il y a bien une table en Formica.

 

 

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Camille Chamoux - affiche

Retrouvez la vidéo :
Interview de la comédienne Camille Chamoux
Titre :
Interview de la comédienne Camille Chamoux
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Après le triomphe de son premier spectacle intitulé « Camille attaque », retrouvez Camille Chamoux dans « Née sous Giscard » au Théâtre du Petit Saint-Martin.

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