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Christophe Malavoy, interview

Actuellement à l’affiche du Théâtre de Paris, Big Apple confronte un couple à la tragédie de la maladie. Alors que Syst et Brod sont englués dans la routine du quotidien, la fatalité s’invite sous la forme d’une lettre du laboratoire. Ils vont peu à peu concevoir la vie autrement. Isabelle Le Nouvel signe le texte de ce spectacle intimiste mis en scène par Niels Arestrup.

Sur scène, Marianne Basler et Christophe Malavoy incarnent avec délicatesse des époux pris dans la tempête qui apprendont cependant à saisir l’instant. L’équipe de Ticketac.com est allée à la rencontre de Christophe Malavoy, comédien amoureux des mots – sa dernière oeuvre publiée en 2011 rend hommage au génie de Céline* –  dont l’exigence de justesse dans l’émotion prend pleinement son sens avec cette pièce tout en retenue. (Crédit photo : Julie Lacombe)

 

 

Ticketac.com : La saison de Big Apple a commencé en janvier dernier au Théâtre de l’Ouest Parisien. Le changement de lieu (aujourd’hui au Théâtre de Paris) a-t-il une incidence sur votre perception de la pièce et votre jeu ?

Christophe Malavoy : Oui, cela change des choses. Il faut s’adapter à un espace différent. Nous avions un peu plus de place au Théâtre de l’Ouest Parisien, nous étions plus éloignés l’un de l’autre avec Marianne Basler.  En ce qui concerne nos déplacements dans le noir, le repères ont bougé. Il faut aussi se réadapter à une acoustique, à un rapport avec le public qui est très différent. Ici, il est très près. Au premier rang, les gens sont à moins d’un mètre. Je n’avais jamais joué aussi près d’eux. C’est presque trop ! Les spectateurs ont vraiment le nez sur les comédiens. Ils voient tout : les veines, les pores de la peau… Il faut arriver à capter l’attention du public et à l’embarquer dans une histoire en les éloignant de cette réalité du détail. En même temps, la proximité permet d’accéder à une certaine intimité tout en préservant les nuances du jeu.

 

Christophe Malaloy 2

Crédit photo : Julie Lacombe

Pourquoi avoir accepté de jouer dans Big Apple ? Qu’est-ce qui vous a attiré dans cette pièce ?

C.M. : Pour commencer, c’est une très belle histoire d’amour. Originale aussi, dans la mesure où le sujet est particulièrement grave. On y parle d’amour, de vie, mais en même temps de mort. Les trois étant toujours assez liés. D’autre part, je trouve que l’écriture de la pièce est assez économe en effets, avec ces petites touches du quotidien, des choses par lesquelles tout le monde est passé. Certaines répliques doivent vraiment résonner à l’oreille du public. J’ai le sentiment que c’est une belle observation du quotidien. Cette pièce nous rappelle que la vie passe et qu’un événement majeur est souvent nécessaire pour comprendre qu’il faut la construire et non pas juste la laisser couler. En l’occurrence, la condamnation de cet homme va lui faire porter un autre regard sur l’existence, lui faire attacher de l’importance au moindre détail, à la moindre beauté. La fin de vie est un sujet d’actualité qui nous concerne tous. Isabelle Le Nouvel en parle avec délicatesse, sans pathos. Les gens en sortent émus, mais avec l’envie de vivre.

 

La mise en scène de Niels Arestrup laisse beaucoup de place au temps, aux silences, et va à l’encontre de l’évolution actuelle du rythme au théâtre [qui colle de plus en plus à la cadence cinématographique]. Comment abordez-vous ce rythme propre à Big Apple ?

C.M. : Cette pièce a été écrite avec les silences, ces moments où l’on cherche la meilleure manière de dire les choses. Le public aussi a besoin d’espace pour respirer. La situation est lourde de sens, ce serait épouvantable si on allait trop vite. Il faut que les gens puissent s’immiscer dans la pièce et l’écouter.  Il faut laisser le temps de l’écho. Quand je parle de la clinique à Zurich, du choix de Brod de la mort assistée… Ce sont des choses qui refroidissent. Il y a alors un silence terrible dans la salle. On peut étirer ce silence, il fait partie du jeu. En tant que spectateur, s’il est rempli et vécu, je ne m’ennuie pas. L’intérêt ne se situe pas toujours dans les mots. Ce qui se passe entre eux est aussi important. Certaines choses sont au-delà des mots. Le silence laisse apparaître la vulnérabilité, la difficulté à exprimer l’indicible. On ne peut pas tout confier à son partenaire. Il existe toujours en nous un jardin secret impossible à partager. Le théâtre permet la confidence avec la forme du monologue.

 

La pièce d’Isabelle Le Nouvel aborde avec pudeur les thèmes de la maladie, de la déchéance physique et de la mort au sein du couple. Comment parvenez-vous à dégager de la lumière de sujets si sombres ?

C.M. : La beauté est dans le changement du personnage. Il est un autre homme à la fin de la pièce. Il s’aperçoit de ses erreurs. Il arrête de regarder la télévision pour laquelle il vouait une véritable passion. Il comprend qu’il était devenu indifférent à sa propre vie. Il ouvre les yeux sur le monde de l’instant. Le théâtre est un miroir dans lequel on se regarde avec attention : « Est-ce que je ne ferais pas mieux d’être celui que je suis, plutôt que d’essayer de ressembler à ce que les autres voudraient que je sois ».

Christophe Malavoy 3

Crédit photo : Julie Lacombe

 

La force de la pièce tient beaucoup dans son absence de spectaculaire. Le changement intérieur se fait de manière subtile, par le détail…

C.M. : Oui, ce sont ces petites choses de la vie, ces répliques du quotidien qui font sa vérité. Et puis cela permet l’identification aux personnages. C’est à nous d’aller chercher les émotions. J’ai toujours pensé qu’il était plus difficile d’émouvoir les gens que de les faire rire. On dit que la comédie est très difficile. Non, quand la situation est bien écrite, le rire sort facilement. L’émotion nécéssite une juste mesure, il ne faut pas tomber dans le pathos.

 

Sur la page d’accueil de votre site internet, on peut lire une très belle citation de Romain Gary : « La force n’a jamais rien inventé parce qu’elle croit se suffire. C’est toujours la faiblesse qui a du génie ». Peut-on dire que Big Apple s’appuie sur ce génie de la faiblesse ?

C.M. : Cela rejoint bien ce que j’ai pu dire précédemment. Accepter ses faiblesses, ou du moins les reconnaître… Nous essayons toujours de paraître fort, mais nous sommes aussi faibles les uns que les autres, la vie est si difficile à appréhender. Les gens ont de plus en plus peur, de perdre leur emploi, leurs proches… La faiblesse est inhérente à notre nature humaine. Nous avons tendance à vouloir la masquer alors qu’elle est une façon de recevoir le monde et d’en saisir la fragilité.

 

* Céline, même pas mort ! aux éditions Balland

 

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Big Apple - affiche

Retrouvez la vidéo :
Interview du comédien Christophe Malavoy
Titre :
Interview du comédien Christophe Malavoy
Description :

En ce moment à l'affiche au Théâtre de Paris, Christophe Malavoy nous livre les secrets de la pièce "Big Apple".

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