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Didier Caron, interview

Comédien, auteur, metteur en scène et directeur de théâtre, Didier Caron est un homme de passion. A la tête du Théâtre Michel à Paris depuis 2008, ce fervent défenseur d’une scène populaire de qualité jongle avec habileté entre exigence artistique et nécessités économiques tout en sachant imposer ses choix. On lui doit le succès du splendide Repas des fauves en 2010, voué à l’échec par tous et finalement récompensé de trois Molières, ou encore la reprise des Palmes de M. Schutz cette saison, chef-d’oeuvre incontestable. Mais s’il excelle à plaider en faveur de pépites théâtrales, Didier Caron connaît l’art de manier la plume. Au printemps 2013, le public découvrait Un pavé dans la cour, comédie de moeurs acide sur le voisinage  ;  en juin 2014, nouvelle cible dans le viseur avec Les Nombrils qui fait la part belle à la caste des comédiens. Des personnages travaillés, un sens du burlesque maîtrisé et des textes ciselés, voilà comment se résume la patte Caron. A l’orée du prochain triomphe de l’artiste, l’équipe de Ticketac.com est venue à sa rencontre.

 

Ticketac.com : Avant de faire du théâtre votre profession, vous avez connu la vie « normale » d’un employé de la BNP. Quelle reconversion !

Didier Caron : J’ai travaillé sept ans et demi à la BNP et je m’y sentais bien. Je pense vraiment que ces années de banque m’ont permis d’appréhender la prise en main du Théâtre Michel et de réussir à concilier ces deux hémisphères que sont l’artistique et la réalité des chiffres.

 

Didier Caron

Crédit photo : Julie Lacombe

Qu’est-ce qui a motivé ce brusque revirement de carrière ?

D. C. : J’ai eu conscience très tôt que ma vie serait faite d’une passion, mais je ne savais pas laquelle. A l’époque – j’avais 23 ou 24 ans – je faisais de la BD, je jouais de la batterie dans un groupe, je faisais du foot à un bon niveau, même si là je savais que je ne pourrais pas être professionnel. Ma sœur faisait du théâtre en amateur. Je lui disais que c’était complètement con de faire du théâtre. J’écrivotais des trucs quand j’étais gamin, des petits sketchs, j’amusais la galerie. Puis il y a eu des signes clairs dans ma vie. Je sentais qu’il y avait de plus en plus de murs qui se formaient et qu’il fallait absolument changer de chemin. Mon père travaillait dans une banque, ma mère travaillait dans une banque, tout le monde était dans la banque. Evidemment, la BNP n’était pas une passion. Dans Les Nombrils, un des personnages dit : « J’ai toujours voulu être comédienne». Ce n’est pas mon cas. Je ne me suis pas levé un jour en disant : « je veux être comédien ou directeur de théâtre ».

 

Nous n’avons encore jamais interviewé de directeur de théâtre privé pour le blog. Pouvez-vous nous décrire votre quotidien ?

D. C. : Ce doit être comme n’importe quel dirigeant d’entreprise… Mon premier geste le matin est de consulter le compte en banque. Cela donne le ton de ma journée. S’il y a des spectacles qui fonctionnent, je l’ouvre tout en sachant que ça va me mettre en joie, et puis il y a d’autres périodes, plus difficiles, où avant de cliquer, je transpire… Donc, oui il y a évidemment une notion d’argent. Mais aussi de management. Ayant déjà fait de la mise en scène avant de reprendre le Théâtre Michel, cette notion de travail avec les autres a été plus ou moins facile. Je n’ai pas appris à être patron. Au début, j’ai eu du mal à trouver l’autorité. Ça a été finalement assez rapide mais il y avait une position à trouver. Après, le quotidien, c’est celui de la paperasse, des contrats, de l’anticipation… Il faut trouver des projets, le véritable carburant qui fait vivre un théâtre et permet de payer les employés, parce qu’à la fin du mois il y a des chèques à donner ! Il faut aussi veiller à ne pas trop se laisser gagner par l’artistique. Dès le début, je n’ai pas voulu faire reposer la totalité de l’économie du théâtre sur la seule représentation de 21h. Il fallait donc réfléchir à une programmation jeune public, un spectacle en première partie de soirée à 19h, des locations…

 

Diriez-vous que le théâtre est un produit comme un autre ?

D. C. : Bernard Murat [directeur du Théâtre Edouard VII] dit une chose très intéressante : toute la journée on regarde le compte en banque, on dit bonjour aux employés, on fait ci, on fait ça… pour lever un rideau le soir. Parce qu’on a envie de lever un rideau et parce que derrière, on va raconter une histoire. Je crois que ce qui m’anime dans la vie, c’est justement de raconter des histoires. Le théâtre me passionne par cet artisanat. Les mecs qui achètent plein de théâtres me laissent un peu songeur. Qu’est-ce qui les anime ? L’argent ? Le pouvoir ? La reconnaissance ? Je ne m’inscrits pas dans cette démarche-là. Est-ce que le spectacle est un produit comme un autre ? On travaille sur l’humain malgré tout, l’émotion. Ce n’est pas un boulot comme un autre.

 

Hormis les spectacles dont vous êtes l’auteur, comment choisissez-vous votre programmation ?

D. C. : J’essaie d’allier ce que j’aime à ce que je peux sentir de populaire. La condition première est d’aimer la pièce, parce que défendre un truc qui ne me plaît pas, c’est compliqué. Et si ça ne marche pas, j’aurais au moins pris du plaisir. Enfin, comme j’ai envie de durer, il vaut mieux que je sois animé par une vraie envie, comme avec Le Repas des fauves. Malgré tout, il faut aussi que cela plaise au public. Je ne veux pas de projets prétentieux. Je veux qu’ils soient accessibles au plus grand nombre et qu’ils aient ce pouvoir de déconnecter les gens du quotidien, sans pour autant se moquer d’eux !

 

Didier Caron

Crédit photo : Julie Lacombe

Vous écrivez et vous mettez en scène vos propres pièces. Le spectacle une fois monté ressemble-t-il à ce que vous vous étiez imaginé ?

D. C. : Eh bien pas toujours ! Pour Les Nombrils, le décor n’est pas du tout ce à quoi je m’attendais au moment de l’écriture. C’est très intéressant de travailler avec des gens qui amènent leur point de vue. Après ça ressemble globalement au ton que j’avais en tête. Il est gratifiant de se dire qu’on est parti d’une page blanche, qu’on s’est créé des images qui finissent par prendre vie. L’auteur que je suis ne se sent généralement pas trop trahi par le metteur en scène. Il y a une concordance. (rire)

 

Comment est née l’idée des Nombrils ?

D. C. : Cela faisait une éternité que je voulais me moquer des comédiens. (rire) Je ne suis pas un amoureux de cette corporation et je le dis sans aucun complexe. J’ai eu le titre des Nombrils bien avant de m’y mettre, mais je n’arrivais pas à trouver le bon angle. Je voulais cette situation de tournée afin de confronter leur quotidien à leur métier, quand on les voit répéter, avec toutes ces médiocrités qui amènent la comédie. Mais ça reste tout à fait bienveillant. Je suis plus gentil que ce que je ne pensais.

 

Vous êtes-vous inspiré de votre expérience personnelle pour écrire Les Nombrils ?

D. C. : Oui, des trucs de tournée… Il y a toujours quelqu’un sur qui tombent tous les emmerdements possibles. Et puis le fait de regarder le journal pour savoir si on parle de nous. Le comédien qui a des problèmes de gastro à la fin, c’est du vécu aussi. A l’époque on prenait du Ricard pur à chaque sortie de scène. Sauf qu’au bout d’un moment on était torchés ! (rire). Je ne sais pas si j’ai cherché à réutiliser des souvenirs ou si j’ai plutôt fantasmé sur des trucs qui m’amusaient. Un peu des deux…

 

Dans la réalité, les comédiens ont-ils de l’autodérision ?

D. C. : Pour l’instant, ceux qui viennent voir Les Nombrils se marrent et les retours sont excellents. Peut-être finalement parce qu’on parle d’eux. Ca compense tout, même si on les égratigne du bout des ongles.

 

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Les Nombrils - affiche

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Un commentaire Post a comment
  1. Nabil #

    Je découvre cet auteur / directeur de théâtre et ce qui transparait à travers cette interview propose un personnage intéressant et lucide. Le théâtre a de belles heures devant lui grâce à des gens comme ça.

    juillet 7, 2014

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