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Les Cartes du pouvoir, nouveau joyau du Théâtre Hébertot

En ce début de saison, le Théâtre Hébertot comptait déjà à sa couronne Le roi se meurt avec Michel Bouquet et La Mère, avec Catherine Hiegel (reprise en novembre). La pièce américaine Les Cartes du pouvoir s’est vite montrée à la hauteur d’une telle programmation avec un casting impeccable et une mise en scène ambitieuse. Attention, chef-d’oeuvre !(Photo : Laurencine Lot)

Les pièces de théâtre made in USA ont la cote cette rentrée. Alors que la Comédie Bastille reprend le grand classique de Jeff Baron, Visites à Mister Green (Visiting Mr. Green), le Théâtre de Paris se prépare aux premières de Kinship de Carey Perloff, avec Isabelle Adjani en tête d’affiche. Le Théâtre Hébertot, également séduit par la force du récit à l’américaine, n’en a programmées pas moins de deux : Des gens biens (Good people) de David Lindsay-Abaire, prévue pour la seconde partie de saison, mais surtout Les Cartes du pouvoir (d’après Farraguth North), petit bijou tiré de la plume de Beau Willimon, le scénariste de la série déjà culte House of cards.

Les Cartes du pouvoir

Elodie Navarre et Raphaël Personnaz (Photo : Fabienne Rappeneau)

Mises en scène par l’incontournable Ladislas Chollat, ces Cartes du pouvoir sont empreintes de l’exotisme familier du sitcom outre-Atlantique. Gratte-ciel illuminés, intérieurs aseptisés, mobiliers aiguisés… La réussite est ici représentée avec tous les sacrifices qu’elle comporte : isolement, asphyxie des idéaux, négation de soi. Nous sommes plongés au beau milieu d’une campagne électorale, mais le cadre aurait pu tout aussi bien être la finance ou le star system, les enjeux sont immuables. Le succès, à quel prix ? Peut-on réussir sans trahir ? Gagne-t-on à être loyal ? Pris au piège de ces dilemmes shakeaspeariens, des personnages, ni bons ni mauvais, qui révèleront leurs limites dans cette étrange zone grise qu’est la politique. On y suit Stephen Bellamy (Raphaël Personnaz), attaché de presse aussi brillant que convaincu qui oeuvre au profit du gouverneur Morris, sous la houlette du directeur de campagne chevronné Paul Zara (Thierry Frémont). Mais une rencontre compromettante met à mal la probité du jeune loup. La machine médiatique s’emballe. Le jeu de massacre peut commencer.

Influencé par l’univers cinématographique de Beau Willimon, Ladislas Chollat n’a pas hésité à intégrer l’image à sa mise en scène. Ecran figuratif en toile de fond, ombres superposées, glissement des éléments du décor tels des fondus enchaînés, effets de dédoublement des espaces façon « split screen », mais aussi bande son léchée, acteurs charismatiques… A la fluidité des transitions proprement filmiques, se greffe l’intensité de l’instantané théâtral. Les comédiens, tous très convaincants, accompagnent l’évolution de leurs propres personnages en même temps qu’ils interagissent avec le protagoniste, alors en pleine désintégration sociale. Dans ce chaos à mouvement perpétuel, le méteore Raphaël Personnaz poursuit inexorablement sa trajectoire fatale. Un marathon de deux heures à suer sur les planches, deux heures d’émotions vécues à leur paroxysme : de la jubilation explosive aux pires angoisses, de la colère vengeresse au plus sombre désespoir. Car l’intelligence des Cartes du pouvoir, c’est bel et bien de donner en pâture les contradictions humaines sous la forme fascinante d’un simple reflet dans le miroir.

 

 

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Les Cartes du pouvoir - affiche

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