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Myriam Boyer, lumineuse dans Chère Elena

Critiques et spectateurs sont unanimes : Chère Elena est la pièce choc du Théâtre de Poche cette saison ! Entourée de quatre jeunes comédiens prometteurs, Myriam Boyer défend les convictions humanistes d’une professeure de mathématiques prise en otage par ses élèves. Admirablement écrit, ce huis clos bouleverse autant par sa lucidité que par sa violence. (Photo : Pascal Gely)

 

Lors de sa création en 1981, Chère Elena fait des vagues. Jugée trop subversive, la pièce de Ludmilla Razoumovskaïa  est interdite en 1983 avant d’être réhabilitée en 1987. Il  faut dire que le comportement de quatre des personnages n’est pas au goût des autorités soviétiques qui privilégient alors une morale de façade au théâtre. Car Chère Elena est loin des créations bien pensantes approuvées par l’Etat : elle révèle sans détours l’impuissance de la seule vertu face aux perfidies du cynisme. Au lieu d’endormir les peuples avec le doux refrain de valeurs éternelles, elle malmène, choque et éclaire les consciences.

Un soir, Elena Sergueievna, professeure de Mathématique, reçoit la visite de quatre de ses élèves de terminale. Les bras chargés de verres en cristal, d’une bouteille de champagne et de fleurs, ils viennent lui souhaiter son anniversaire. Les uniformes impeccables et les sourires excessifs des jeunes gens mettent la puce à l’oreille. Tant de zèle ne peut être désintéressé. Pas pour Elena, surprise et ravie de se voir un peu de compagnie alors que sa mère se trouve à l’hôpital. Elle leur ouvre grand sa porte sans se douter qu’elle laisse entrer le loup dans la bergerie. Après quelques maladroites tentatives de manipulation, les adolescents jouent cartes sur table. Ils sont venus pour récupérer la clef du coffre où se trouvent leurs copies d’examen de fin d’année afin de les corriger. Leur avenir en dépend. Humaniste convaincue, Elena croit en l’équité du labeur et de l’intégrité. Armée de ses seules convictions, elle s’engage dans la lutte contre cette génération arriviste et capable de tout pour s’assurer la réussite matérielle.

Chère Elena 2

Myriam Boyer (Elena) et François Deblock (Volodia) – Photo : Fabienne Rappeneau

Si le texte de Chère Elena est imparable de maîtrise et d’efficacité, sa mise en scène reste délicate voire risquée car toute la crédibilité de la thèse défendue tient dans l’excellence de la distribution. Une faille chez l’un des comédiens et toute vraisemblance tombe à l’eau. Heureusement, Didier Long sait faire les bons choix et Myriam Boyer n’a pas à rougir de ses jeunes camarades de scène. Jeanne Ruff, Gauhier Battoue, Julien Crampon et le remarquable François Deblock – nommé aux Molières et récompensé d’un Beaumarchais en 2014 pour sa performance dans Parole Gelée – font bloc avec une  qualité de jeu et un charisme des plus prometteurs. Il faut du cran pour incarner ces monstres sans limites pour qui la fin justifie TOUS les moyens. Mensonge, manipulation, cruauté, violence… L’arsenal du cynisme est infini. François Deblock interprète le plus terrible d’entre tous, Volodia, qui, lui, n’a rien à gagner sur cette opération commando, si ce n’est flatter un ego déjà surdimensionné. L’habileté de ce brillant lycéen à détourner les enseignements de la littérature est fascinante. Ses héros ont pour nom Raskolnikov, Iago ou encore Judas. Véritable terreur des consciences, il est d’une lucidité implacable sur la nature humaine et insinue souvent le doute sur la naïveté idéaliste d’Elena. Les commentateurs de la pièce insistent beaucoup sur sa « modernité ». Notre époque n’a pourtant pas le monopole de l’immoralité, du matérialisme et du culte de la réussite sociale. L’histoire sera toujours émaillée de machiavels.

A la tombée du rideau, fort de cette expérience qui prend aux tripes, le public se ressaisit et invite la réalité à reprendre sa place au son des applaudissements. Pourtant, de même qu’au réveil d’un cauchemar particulièrement éprouvant, il reste un je-ne-sais-quoi de rancune envers ces quatre ombres qui ont torturé notre inspirante et lumineuse « Chère Elena ». L’émotion ne connaît pas la fiction.

 

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Chère Elena - affiche

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