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Nora Hamzawi, interview

On la dirait tout droit échappée d’une BD de Margault Motin. Avec sa queue de cheval haut perchée, ses taches de rousseur et ses lunettes lui dévorant le visage, l’humoriste Nora Hamzawi a tout de la « girl next door » : gentiment sexy et un poil hystérique pour les hommes, alter ego complexé qui rassure pour les femmes. 

Chaque soir au République, elle déverse – débit mitraillette – ses états d’âme empreints d’une franchise dévergondée… et ça plaît !  Radio, télé… Les médias s’arrachent cette nouvelle icône du rire qui a fait de l’autodérision son fer de lance. L’équipe de Ticketac.com l’a rencontrée. (Photo : Matthieu Robart)

 

 

Ticketac.com : Votre  succès doit beaucoup à votre style, incisif et anti langue de bois, qui vous permet d’exprimer toutes les médiocrités du quotidien. Vous n’épargnez personne, vous encore moins ! A votre avis, d’où vient l’engouement du public pour cette image d’antihéroïne, voire de loser au féminin ?

Nora Hamzawi : Déjà, ça me fait plaisir qu’on parle de « succès ». Evidemment, je suis très contente de tout ce qui m’arrive. Je vois la fierté de ma mère, je vois qu’il se passe quelque chose. Mais j’ai du mal à le vivre vraiment comme un succès pour l’instant. Premièrement parce que je pense que je suis angoissée. Deuxièmement parce que j’ai plutôt tendance à me dire : « Pourvu que ça dure ! ». Je ne sais pas à quel point elle [la Nora sur scène] est loseuse ou pas ? Je pense qu’elle a clairement des petits problèmes à régler. Elle ne se sent pas très à l’aise ou apte à gérer le quotidien de façon sereine. Elle ne se reconnaît dans rien et voit toujours le truc qui déconne. Du coup l’autodérision fait écho aux gens et à leurs complexes. Parfois je me demande si ce spectacle aurait eu le même impact il y a deux ans. En tout cas, j’ai le sentiment que plus je suis sincère sur scène, plus les gens s’y reconnaissent. Lorsque je débutais, je me demandais tout le temps : « Qu’est-ce que les gens veulent ?  » et je n’y arrivais pas, simplement parce que c’est la mauvaise question à se poser. Il faut plutôt se demander : « Qu’est-ce que moi j’ai envie de raconter ? ». On touche bien plus les gens en étant sincère. J’en déduis qu’on a tous pas mal de petits problèmes. Parfois à la fin de mon spectacle, des filles viennent me dire : « Je me suis tellement identifiée. » Je leur réponds que j’en suis désolée.

 

Votre voix est connue des auditeurs de France Inter, vous venez d’intégrer l’équipe du « Grand Journal » de Canal + et vous faites salle comble chaque soir au République. Aujourd’hui, tout vous sourit, mais on imagine que vous n’avez pas échappé à la galère du novice de l’humour  [premier spectacle en 2010]. Vous nous racontez vos débuts ?

N. H. : J’hallucine quand je vois la salle pleine de gens que je ne connais pas. Je ne comprends pas d’où ils viennent, qui ils sont. Souvent j’ai peur et je me dis : « Ca y est, ils sont tous venus… » Mais oui, j’ai connu les salles où je jouais devant six personnes. Je me souviens de m’être posé la limite de ne pas jouer à moins de cinq spectateurs. C’est arrivé qu’on annule. C’était une galère, mais j’aime ces souvenirs. Je pense que c’était nécessaire à la construction du personnage. Au départ je jouais au Théâtre Le Bout [rue Frochot à Paris]. Je bossais à côté à cette époque parce que je voulais garder une certaine indépendance. Après j’ai joué chez des amis qui ont ouvert le Théâtre de la Loge dans le 11ème. Même les soirs où il n’y avait que deux réservations, ils y croyaient et m’encourageaient. Toutes ces étapes ont été difficiles, mais me rassurent car je n’ai jamais lâché l’affaire. Et puis ce n’étaient pas des moments si douleureux que ça. Le plus dur était de ne pas trouver ma place, de ne pas oser quitter mon boulot, de sentir que rien de marchait vraiment.

 

Il y a quelques semaines, vous avez fait votre rentrée en tant que chroniqueuse dans « Le Grand Journal » de Canal +. Avez-vous l’impression de jouer dans la cour des grands ?

N. H. : C’est l’endroit où je me sens la plus vulnérable. Comme à chaque fois que je débute je me sens toute petite et j’ai très peur. Ca me faisait pareil sur France Inter l’année dernière. Pour l’instant je le vis surtout comme un énorme stress. Après je suis très contente et reconnaissante de la liberté qu’ils me donnent, ce qui est assez dingue parce qu’ils me voient très stressée. Je suis chiante au maquillage, je suis chiante au stylisme, je suis chiante avant, pendant, après. C’est une énorme chance d’être embauchée pour s’exprimer. Quand j’étais plus jeune je regardais « Nulle part ailleurs » avec Gildas, de Caunes ; on était fans à la maison… C’est un peu fou d’y être. Mais c’est en même temps moins fou que ce que je pensais que ça allait être – vous voyez ce que je veux dire…

 

La rapidité de votre débit de paroles est particulièrement impressionnant. Nora, prenez-vous des substances ?

N. H. : Sur Twitter quelqu’un disait justement : « Elle est sympa, mais il faudrait qu’elle arrête de se droguer… » Je pense que ce débit est plutôt dû à une mauvaise gestion du stress et de la peur. C’est le moment où les gens ne comprennent plus rien à ce que je dis, où je suis en apnée, rouge, et ça n’a plus de sens. Et puis il y a le débit lié au personnage et à son humeur. Elle est de nature survoltée et son cerveau va trop vite. Quand elle vit une situation, c’est tout de suite un débordement de la pensée. Pour l’instant je gère mieux le débit sur scène que dans les chroniques. Mais parfois elle se calme, parfois… Pour répondre à la question : je ne prends pas de substances. [Elle rit.]

 

Vous dites souvent être « une fille relou », pourtant beaucoup aimeraient vous avoir pour meilleure amie. Comment l’expliquez-vous ?

N. H. : Je pense qu’on est toujours rassuré quand on voit pire que soit. En fait, elle est plus relou avec elle-même qu’avec les autres, et c’est sans doute pour ça que les gens l’aiment bien. Sa première cible, c’est elle. Ma mère vit très mal cet autodénigrement : j’insulte son travail. Mais il y a aussi plein de gens qui disent  : « J’peux pas la blairer, faut qu’elle ferme sa gueule. » On ne peut pas plaire à tout le monde.

 

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Nora Hamzawi - affiche

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