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Catherine Hiegel est La Mère au Théâtre Hébertot

Certaines pièces de théâtre – saisissantes, puissantes – osent s’affranchir du temps pour devenir des classiques. La Mère en est. Créée en 2010, l’oeuvre est le résultat de l’association d’un texte brillant, de Florian Zeller, d’une mise en scène inspirée, de Marcial di Fonzo Bo, et d’un jeu admirable, celui de Catherine Hiegel. Le Théâtre Hébertot accueille sa reprise jusqu’en janvier 2015. 

Florian Zeller a-t-il l’oreille musicale ? Nous sommes en droit de nous poser la question tant est flagrant son attrait pour les subtilités de la composition par réminiscences, à l’image d’une partition. Emaillés de leitmotivs, ses textes cultivent la résonnance d’une scène à l’autre, d’une pièce à l’autre. On se perd avant de saisir les liaisons les plus secrètes qui finiront par faire sens. La Mère ne déroge pas à cette structure labyrinthique faite de répétitions, d’ébauches, de variations, maintenue par des passerelles invisibles : un thème qui revient, une réplique qui sonne comme un refrain, un objet démultiplié…

La Mère - afficheInterprété par Catherine Hiegel, le personnage d’Anne est au centre de cette pièce sans histoire. Femme au foyer désoeuvrée, elle s’est enfoncée dans la solitude après le départ de ses enfants qui ont fini par devenir adultes et qui, désormais, ne l’appellent que trop rarement. Surtout son fils, Nicolas (le délicat Eric Caravaca). En ce qui concerne son mari (l’impeccable Jean-Yves Chatelais), quand il n’est pas au bureau, il est en séminaire, week-end compris… Submergée par ce vide existentiel, elle ne trouve de réconfort que dans l’alcool et les somnifères. Une nuit, son fils revient à la maison. Anne se remet à vivre, mais pour combien de temps ?

La mise en scène de Marcial di Fonzo Bo traduit parfaitement ce théâtre de l’enfermement : profondeur de scène amputée, murs étouffants, mobiliers sans âme, propreté clinique… Floutées derrière un écran voilé, certaines scènes donnent à voir les fantasmes d’une femme égarée dans son isolement cérébral, presque carcéral. Le réel s’entrechoque avec la mémoire, toujours défaillante de subjectivité.

Catherine Hiegel, écrasante et superbe, incarne là le monstre maternel, capable de donner la vie, et dont l’existence tient cependant à une lente dévoration de sa progéniture. Elle est LA femme – épouse, mère, amante -, inapte à supporter toute autre présence féminine, aussi bien celle de sa brue (Olivia Bonamy, électrisante) que celle de sa fille… Pour Nicolas, son préféré, elle les remplacerait toutes, laissant plâner les volutes de l’inceste. Elevée au rang d’archétype, Anne convoque les figures fondatrices que sont Jocaste, Phèdre ou encore Médée, et renoue avec la fureur de la tragédie antique. Florian Zeller confirme qu’il n’y a pas pire supplice que les tréfonds de l’âme.

 
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