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Interview : Franck Le Hen rayonne à la Comédie Caumartin

Depuis les Homos préfèrent les blondes, il enchaîne les réussites, Franck Le Hen, l’électron libre du théâtre français aurait-il trouvé la recette du succès ? Cette saison, au Théâtre Caumartin, deux de ses pièces sont à l’affiche, Bonjour Ivresse et la Star et son gorille. Interview sans langue de bois d’un auteur-comédien irrésistible.


francklehenblog imgdansletexte2Qu’est-ce qui vous a poussé à faire du théâtre, la passion était familiale ?

Pas du tout, mais je voulais faire ça depuis longtemps. Vous savez, soit on fait comme ses parents, soit tout le contraire… Et moi, rester toute la journée dans un bureau, je peux pas !

Donc vous avez quitté Bordeaux pour la capitale…

Comme tous les provinciaux oui, on se dit que c’est là que tout se passe… Même si je trouve que, depuis dix ou quinze ans, les régions se sont beaucoup développées ! D’ailleurs, aujourd’hui, je ne sais pas du tout si je referais le même choix.

Vous étiez tout seul ?

Non, je suis arrivé en Seine et Marne, avec des amis de la FAC, on a monté une compagnie avec laquelle on a gagné un prix sur une Scène Nationale.

Vous faisiez déjà de la comédie ?

Pas vraiment… J’ai fait des stages avec Ariane Mnouchkine, Georges Bigot, au Théâtre du Soleil. J’aimais avant tout le boulevard mais je faisais quand même Richard III. Bon, Georges Bigot m’a gardé 4 heures (rires) ! Faut dire aussi que je jouais comme un jeunot, il a fallu que je mette un masque… J’ai beaucoup appris ! Puis j’ai rencontré un jeune auteur, Christophe Botti, qui m’a fait jouer dans des petites pièces contemporaines, actuelles, à l’Aktéon notamment. Là, j’ai compris la difficulté de monter des spectacles sur Paris, même dans des petites salles. On n’était absolument pas payé alors qu’il y avait des spectateurs… Mais on apprend de ça, c’est nourrissant !

Comment faisiez-vous pour gagner votre vie ?

En parallèle, je travaillais au Kiosque Théâtre, ce qui est génial quand t’es un jeune comédien parce que tu es invité et que tu dois dire ce que tu en penses ! Je voyais Le Carton à la Comédie de Paris (de Clément Michel, avec et mise en scène par Arthur Jugnot et David Roussel, NRLD) et je me disais « voilà, c’est dans cette pièce que j’ai envie d’être ! », puis Les Amazones ou 60 degrés au Théâtre Edgar, de Jean Franco (à qui l’on doit également Un week-end sur deux et la moitié des vacances scolaires, Panique au Ministère, La Candidate, NDLR)… Deux mecs, dans un Lavomatic, qui parlent d’homosexualité, je me disais « ben tiens, c’est possible !»

Ça vous a donné envie d’écrire ? francklehenblog imgdansletexte1

J’ai toujours écrit mais ça restait dans les tiroirs. Je n’étais pas assez prétentieux pour me dire que ça pourrait intéresser quelqu’un (rires) ! Par exemple je tiens un journal intime… Je l’utilise moins souvent qu’avant mais ça reste marrant de voir ce que j’écrivais à 10 ans : « plus tard je serais auteur, comédien». C’est assez flou mais tu sens qu’il y avait une vraie envie, comme rassembler des gens autour de moi et faire de la création…

Un artiste en devenir !

Tout à fait ! Déjà, à l’école, j’étais dans un club de journalisme, on allait par exemple dans les maisons de retraite, faire un papier pour le journal Sud-Ouest. J’ai aussi fait un roman-photo, pour ma classe de CM2… D’ailleurs le côté commercial était déjà là puisqu’on faisait payer les gens pour le lire (rires) ! Maintenant il y a du business autour de mes pièces mais, pour moi, je fais toujours la même chose, des cabanes avec des copains et je joue dedans !

Le premier grand rôle de votre carrière, c’était quoi ?

C’était dans Théâtrouille, 85 dates au Comédia, un théâtre immense de 1000 places… Mais c’était surtout le premier bluff de ma carrière ! Je rencontre Alex Goude, il me dit : « j’ai un spectacle à te proposer, est-ce que tu sais faire des claquettes ? » J’ai répondu « bien sûr, on me surnomme Fred Astaire ! » (rires)… L’énergie de ce mec, sa passion, ça m’a beaucoup inspiré et ça m’a surtout donné la confiance nécessaire pour aller frapper aux portes des théâtres, proposer mes pièces.

C’est donc ça le point de départ…

Exactement ! Dans Théâtrouille je fais la connaissance d’Eleni Laiou, on écrit ensemble Les Homos préfèrent les blondes dont l’aventure va durer 3 ans avec, à la clé, une première expérience au Temple, à la Grande Comédie, 800 représentations, des diffusions sur France 4, un dvd… Puis en 2009 je me dis « pourquoi ne pas faire ça tout seul ?» Et ça a donné Bonjour Ivresse, que je monte d’abord au Théâtre Le Mery. Je voulais faire une petite comédie sans prétention, un peu dans le genre sitcom. Je n’avais aucune idée du succès qu’on allait rencontrer !

bonjourivressecaumartinblog imgdansletexteC’est quoi, au fond, le style Le Hen ?

C’est du boulevard moderne, des comédies de situation, ça ne va pas plus loin que ça ! Je suis fan de Harry Rencontre Sally, de Friends… Je fais du populaire en fait. Je sais que c’est péjoratif mais c’est pas grave, c’est ce que j’aime ! Pour Bonjour Ivresse, par exemple, je voulais faire un truc sur mes 30 ans et comme je venais de regarder les rediffusions de Will and Grace, j’ai mixé les deux en adaptant les quatre personnages et voilà ! Je trouve que dans les séries on a un ton qui va plus loin que ce qu’on fait sur scène… C’est peut-être pour ça que, 6 ans après, les gens me disent que ma pièce est toujours actuelle ! Jean-Marie Bigard, qui est venu nous voir il y a quelques mois, m’a dit « on a l’impression que tu l’as faite hier »…

Vous ne retouchez jamais le texte des pièces ?

Pas tant que ça… Je les adapte mais j’essaye de ne pas faire de références politiques ou d’actu. Pour La Star et son gorille, avec Kamel Djibaoui, j’ai un peu modifié l’histoire par rapport à celle que je jouais avec Anthony Joubert mais je ne voulais pas non plus tomber dans des clichés… Le postulat de base c’est la rencontre entre un homo et un hétéro. Un arabe peut très bien jouer ce rôle-là sans qu’on n’ait à insister sur la religion, par exemple.

C’est une pièce qui confronte justement les clichés, notamment sur les homos…

Les journalistes me disent toujours que je fais des pièces pour les gays mais moi je trouve que c’est faux, j’effleure juste le sujet ! Il se trouve que le personnage que je joue est homo et qu’il a le rôle principal, il n’arrive pas qu’à la troisième scène… J’avais envie de briser quelques codes. D’ailleurs je m’efforce toujours à mettre deux personnages homos dans mes pièces, pour que je puisse m’amuser avec l’excentricité de l’un et jongler avec un autre caractère, plus viril, joué par une figure populaire, comme c’était le cas avec Frank Delay ou Kevin Miranda (dans Bonjour Ivresse, NDRL), pour contrebalancer un peu le cliché.

lastaretsongorillecomediecaumartinLe succès de vos pièces, maintenant, ça vous rassure ?

C’est gentil de dire que j’ai du succès mais ça n’est pas très rassurant parce qu’on ne sait pas vraiment ce que c’est ! On a l’impression de quelqu’un qui bronze toute la journée au soleil en buvant des cocktails alors qu’en fait on bosse juste comme des acharnés… Ce matin encore j’étais à Leroy Merlin et je galérais pour trouver de quoi faire un décor (rires) !

Qui vous inspire aujourd’hui ?

Michel Fau et venu nous voir la dernière fois, j’étais super fier. Il est resté après la pièce, on a bu un verre, on a pris une petite photo, il nous a invité à voir Un Amour qui ne finit pas (actuellement au Théâtre Antoine, avec Léa Drucker, NDLR). Lui, il vient de chez Olivier Py mais il adore le boulevard… Je lui ai dit « j’espère que dans 30 ans vous monterez du Franck Le Hen » (rires) ! Mais en tout cas, ce genre de rencontre, dans notre métier, c’est vraiment sympa.

Le one-man show, ça vous tente ?

Figurez-vous qu’à chaque nouveau projet je me dis « la prochaine fois je fais un one-man » (rires) ! Il y a tellement de gens à gérer avec une pièce alors que là, pas de décor, rien… Mais je pense qu’il faudrait un fil rouge ou une approche très originale pour le faire, ou plus d’expérience peut-être. Pour l’instant les gens sont contents qu’on leur propose une pièce avec des personnages et une histoire, pas seulement des gags donc j’essaye de continuer dans cette voie !

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